‹ Poésies de Madame Desbordes-Valmore (volume 2)Chapitre 4 sur 86 · A M" SOPHIE GAY · texte numérisé non relu

A M" SOPHIE GAY

Lyon.

ous dont la voix absent^ enhardit mon courage^ Vous^ qui m'avez cherchée en mon obscur séjour^ Dont le désir charmant de me faire un beau jour A ralenti d'un jour le rapide voyage; Sophie y éprouves&^vous ce tendre étonnement

Qui nait d'une amitié nouvelle ?

Votre cœur^ moins distrait , sent-il en ce moment

Qu'un cœur de plus vous nomme et vous appelle? De mes regrets nouveaux sentez-vous la moitié? Ceux qui vous oppressaient remplissent ma mémoire :

aa ELEGIES.

Hélas! en m'apprenant qu'il n'est plus d'amitié.

D'où vient que vous m'y faisiez croire?

C'est que vos doux regards étaient fixés sur moi^ Cest que l'amitié même y versait tant de flamme , Qu'en y voyant hriller quelques pleurs et votre ame, En m'ef&ayant un peu vous rengagiez ma foi.

Qui se croirait heureuse et se dirait aimée,

Si vous ne l'étiez pas? Si quelque ame volage et> désaccoutumée Oubliait de chercher son bonheur sur vos pas ? Soyez lente à le croire; apprenez de moi-même

Qu'on ne change plus quand on aime. ' Ces bords où vos ennuis cherchaient un ciel plus doux. Ce fleuve enorgueilli d'avoir porté Delphine , L'écho qui dit encor sa voix jeune et divine, Ici , tout me ressemble et tout parle de vous.

Dans le trouble riant d'une fête imprévue,

Oii parut un moment m' oublier la douleur^ Gomme un bel arbrisseau y fier de sa tendre fleur^

N'est-ce donc pas vous que j'ai vue?

Quoi; les ai-je rêvés, ces rapides discours , Cette om.bre plus rapide et belle comme un songe ^ Cette anoiitié promise?... oh ! si c'est un mensonge^ Laissez-le me bercer toujours l

Mais le plaisir s'arrête; Vous partez : de la fête L'éclat s'est efj&cé.

Sous de longs flots d'ébène, La nuit couvre la plaine Où Delpbine et sa mère et ma joie ont passé.

Pardonnez ; si mon ame à son chant monotone Ketourne en voyant fuir les muses et les fleurs ; Vous partez, et voici l'automne ;

a4 ÉLÉGIES.

On dirait qu'elle attend des pleurs.

L'été vient d'épuiser sa dernière carbeille ; Pour vous revoir sourire il s'est éteint plus tard; Et septembre au ciel gris , avec votre départ,

A vu fuir la dernière abeille.

La feuille commence à jaunir^

Les bois vont perdre leur parure ; Déjà pour les amours, qu'un regret sait punir,

Leur froide retraite est moins sûre.

Quelquefois , sur moi-même arrêtant ma pitié , Je frémis ; je regarde où s'en va l'espérance ;

Elle est loin } et de l'amitié J'ai plus que vous peut-être éprouvé l'inconstance [

Mais vous m'avez parlé : captive à votre voix, Tout ce que vous disiez, j'aurais voulu l'écrire; Et tout ce que de vous à présent je reçois, Oh ! que ne puis-je encor vous entendre le dire !

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