LE BERCEAU D'HÉLÈNE
i t7*A-T-orr fait du bocage où rêva mon enfance? 1 ! je le VOIS toujours ! j'y voudrais être encor! 1 milieu des parfums j'y dormais sans défense , :1e soleil sur lui versait des rayons d^or j îut-étre qu'à cette heure ii colore les roses , L que son doux reftet tremble dans le ruisseau; iens couler à mes pieds , clair ruisseau qui Tarroses; QHS tes flots transparens montre-moi le berceau, iens , j'attends ta fraîcheur, j'appelle ton murmure ;
!ioo POESIES
J'écoute , réponds-moi î Sur tes bords , où les fleurs se fanent sans culture , Les fleurs ont besoin d'eau , mon cœur sèche sans toi. Viens, viens me rappeler, dans ta course limpide, Mes jeux , mes premiers jeux , si chers , si décèvanS; Des compagnes d'Hélène un souvenir rapide, Et leurs rires lointains , faibles jouets des vents. Si tu veux caresser mon oreille attentive , N'as-tu pas quelquefois, en poursuivant ton cours, Lorsqu'elles vont s'asseoir et causer sur ta rive^ N'as- tu pas entendu mon nom dans leurs discours?
Sur les roses peut-être une abeille s'élance :
Je voudrais être abeille et mourir dans les fleurs,
Ou le petit oiseau dont le nid s'y balance !
Il chante; elle est heureuse; et j'ai connu les pleurs.
Je ne pleurais jamais sous sa voûte embaumée ;
Une jeqne Espérance y dansait .^ur mes pas : . ..
DIYERiSES. aoi
renoit du ciel y dont l'enfaLnceest aimée j
nsais avec elle; oh ! je ne pleurais pas.
m'avait .donné son pri&mè , don fragile ! ;
egardé la vie. à travers ses couleurs. i.
la vie était belle I et ,- dans son vol agile , ' <
ma jeune Espérance y répandait de! fleurs !
1 était beau l'ombrage où j'entendais le^ Muses .
'évéler tout bas.leurs promesses confuses ;
'osais leur répondre , et^ de ma &ible voiX
lyer le serinent de suivre un jour Içurs lois !
i souvenir jsi dotjx l'erreur évanouie
se au fond de mon ame un long étonnement.
t une belle aurore , à peine épanouie j
meurt dans un nuage ^ et je dis tristement :
H-on.fait du bocage où r/èya mon enfance?
j'en parle toujours ! j'y voudrais être enç<Qr I , iiilieu;des parfums j'y dormais saps défense ,
•i04 POESIES
Et le soleil sur lui versait des rayons d'ûr.
Mais au fond du tableau , cherchant des yeux sa proie.
J'ai vu je vois encor s'avancer le Malheur.
Il errait comme une ombre , il attristait ma joie
Sous les traits d'an vieux oiseleur^ Et le vieux oiseleur, patiemment avide ^ Aux pièges, avant l'aube, attendait les oiseaux; Et le soir il comptait ^ avec un ris perfide , Ses petits prisonniers tremblans sous les i*éseaux.
Est-il toujours bien cruel, bien barbare^ Bien sourd à la prière? et ^ dans sa main avare ^
Plutôt que de l'ouvrir , Presse-tril sa victime à la faire mourir ?
Ah! du moins, comme alors ^ puisse une jeune fille Courir^ en frappant Fair d'une tendre clameur. Renvoyer dans les cieux la chantante famille ^ Et tromper le méchant, qui faisait le dormeur!
DIVERSES. loS
1 ! quand on le trompait , quelle était $« colère ! liait fuir : des pleurs ne lui suffisaient pas ; d'une pitié feinte exigeant le salaire , ordonnait tout haut^ il maudissait tout bas.
pied d'Un vieux rempart^ une antique chaumière
Lui servait de réduit^ lait s'y cacher tout seul et sans lumière^
Gomme l'oiseau de nuit, soir ^ en traversant l'église abandonnée , «^oix nomma la Mort. Que sa voix me fit peur ! m'envolai tremblante au seuil où j'étais née , j'entendis l'écho rire avec le trompeur.
^is , qu'est-ce que la Mort? » demandai-je à ma mère. - C'est un vieux oiseleur qui menace toujours, out tombe dans ses rets^ ma fille ^ et les beaux jours éteignent sous ses doigts comme un souffle éphémère. »
deme
urai pensive et triste sur son sein.
!îo4 POÉSIES.
Depuis y j'allai m'asseoir aux tombes d^élaissées t Leur tranquille silence éveilla:U mes pensées ;
Y cueillir une fleur me siemblaii.' un* larcin. -^
L'aquilon m'enrayait dé ses' soupirs funèbres. La voiic ,• toujours là voix m'anm^onçait le Malheur; Et quand je l'entendais passer dans ïes ténèbres, Je disais : « C'est la Mort ou lerieùx oiseleur. »
Mais tout change : l'autan fait place aux vents ^ropi La' nuât feit place au jour , . ! : .
La verdure, au printemps, couvre les précipicesy
Et l'hirondelle heureuse y chatite son retour.
Je revis lé berceau, le soleil et les roses.
Ruisseau, tu m'appelais , je m'élançai vers toi.
Je t'appelle à mon toui^, clair ruisseau qui l'arrosés^ J'écoute, réponds-moi!
Qu'a-t-on fait du bocage où rèvai]if>n enfance? . .
i! jele vois toujours! j'y voudrais être encor! milieu des parfums j'y dormais saas défense , le soleil sur lui versait des rayons d'or.