‹ Poésies de Madame Desbordes-Valmore (volume 2)Chapitre 64 sur 86 · L'ORPHELINE · texte numérisé non relu

L'ORPHELINE

» seigneur, d'aimable figure, liant d'esprit et brillant de parure , iges tout-puissans sur la simplicité , "lut séduire une jeune beauté, appui dans le monde, elle était orpheline ,

Et se nommait Pauline, ^line , hélas! a perdu le repos, vifs regards, de séduisans propos iublent la paix de cette ame ingénue ;

Elle aime enfin y et son heure est venue.

Pour un ingrat devait-elle sonner?

Mais^ pour craindre cette heure, il faut la deviner;

EtTOrpheline, en sa première flamme ,

Rêve l'amour aussi pur que son ame.

Six mois ainsi coulent rapidemenf.

Tout est bonheur, ivresse, enchantement.

Un villageois, qui soupirait pour «lie.

Renferme alors sa tendresse fidèle; Edmond ne la suit plus, et cache à tous les yeu^

Son humble hommage et ses timides vœux.

Sans le vouloir , Pauline a su lui plaire ;

Edmond n'a pu que l'aimer et se taire.

L'amour modeste est souvent méconnu ;

Pour ëblouir il est trop ingénu.

Sans s'occuper d'un amant qu'elle ignore ,

Pauline est tout à celui qu'elle adore ;

Elle ne voit encor dans l'avenir

DIVERSES. m5

e le moment où l'ingrat doit venir ; f respectant le séducteur qu'elle aime^ :>ît n'adorer que la sagesse même, nsîve et seule ^ elle y rêvait un soir :

ins sa cabane il entre avec l'espoir, imour^ la nuit*^ la crainte , le silence^ >\it est d'accord pour perdre l'innocence, is yeux baissés ^ d'un air naïf et doux , pleure en voyant son seigneur à genoux, ant tout bas de ses tendres alarmes , peine il voit sa pâleur et ses larmes, ms deviner qu'on lui vole un plaisir y auline y hélas ! en eut le repentir.

2 lendemain^ dans sa simple demeure y vec l'Amour elle attendit en vain \ Ue attendit en cor le lendemain , aois entier, chaque jour, à toute heure!

ar le remords lentement déchiré,

D'un sombre enniii sou cœur est dévoré.

Elle ofire à Dieu cet amour qui l'opprime:

Puisqu'il fait tant de mal ^ il faut qu'il soit un crime.

Mais^ ne vivant que par le souvenir, Le passé la poursuit jusque dans l'avenir *

Plus de sommeil ; Pauline en vaiu l'appelle ^

Pour le malheur il est sourd et rebelle.

Plus de vertu j plus d'amis^ plus d'amant ;

Tout est perdu par l'erreur d'un moment.

C'est la fleur du vallon sur sa tige abattue

Parle frimas qui l'effeuille et la tue.

C'était l'hiver : la saison de l'Amour Semblait avoir disparu sans retour.

Assise^ un soir^ au bord de sa chaumière, Pleurant sa honte et fuyant la lumière j Un bruit soudain fait tressaillir son cœur ; Un char léger ramène son vainqueur

parlé c*est la voix qu'elle adore :

est lui ! dit-elle^ il vient ^ il m'aime encore! »

s un regard fait tout évanouir ;

tpoir s'enfuit... Pauline va mourir.

y c'est l'ingrat qu'elle attend et qu'elle aime.

s peignez-vous son désespoir extrême !

est pas seul. Il entraîne^ à son tour,

bjet nouveau de son volage amour.

ette vue y immobile et glacée,

cœur saisi d'une affreuse pensée ,

iline au ciel jette un cri douloureux,

nbe à genoux et détourne les yeux.

Froid du soir circule dans ses veines )

me s'engourdit dans l'oubli de ses peines;

Tenant par degrés le sommeil pour la mort,

ibrassantla terre, elle pleure et s'endort.

u, qui la plaint, l'enveloppe d'un songe ;

iiS POESIES

Et la pitié descend sur l'aile du mensonge.

Elle croit voir un Ange protecteur

La ranimer doucement sur son cœur,

Presser sa main ^ l'observer en silence^

Les yeux mouillés des pleurs de l'indulgence.

tt Dieu vous a donc envoyé près de mioi,

« Lui dit Pauline^ et vous suivez sa loi ?

« Si la vertu vient essuyer mes larmes ^

« Parlez ! sa voix aura pour moi des charmés.

« Voyez mon sort , voyez mon repentir! »

On lui répond par un profond soupir.

Son œil mourant s'entr'ouvre à la luuiière...

L'Ange est Edmond à genoux, sur la pierre^

Qui, plein d'effroi , soutient, d'un bras treml>l ^^^

Ce corps glacé qu'il réchauffe en pleurant.

« Ne craignez rien, dit l'amant jeune et sage ;

« Sans défiance appuyez-vous sur moi ;

« Notre cabane est au bout du village;

Un cri plaintif vient d'y porter l'effroi.

Ma mèreattead, venez prèa de ma mère; Vous lui direz le sujet de vos pleurs; Ma mère est bonne , elte plaint vos doulen lyez sa fille, et moi.. .je serai votre frère. — Hélas 1 dit-elle, avec même douceur.

Soyez mon frère , et sauvez votre sœur. »

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