ET LE ROSSIGNOL
A M. AKNAUD.
R£T£ a s'élancer, joyeuse y Aux libres plaines des cieux, L'Hirondelle voyageuse A la saison pluvieuse Jetait un long cri d'adieu.
Sous un chêne solitaire
2i6 POESIES
Elle entend le rossignol^ Sa voix lui fut toujours chère ^ Etlajeu«,jpfs*»^ç^... , :..
Ecoute y et suspend son vol .
Elle recueille^ attentive^ L'accent qui chei-dhe 1^ cœur ; Mais ce chant qui la captive , Dans sa mesure moins vive.
N'exprime plus le bonheur!
« A quoi revez-vous, dit-elle?
a Les zéphirs sont au beau temps ; « Sm* la rive maternelle ' « Le doux printemps vous appelle; « N'aimez-vous plus lé printemps?
« — Sauvez-vous, pauvre petite ,
DIVERSES. îii
a Sans me demaader pourquoi
« Pai choisi ce sombre gîte :
« L'oiseleur^ qu'en vain j'évite,
« Vous l'apprendrait mieux que moi. »
Alors autour du grand chêne Elle entrevoit des réseaux ; Gémissante^ et hors d'haleine^ Elle veut briser la chaîne Du roi des petits oiseaux.
a Vous n'êtes pas assez forte, «Dit-il^ mais cousolez-vous.
« Du monde il faut que tout sorte ; « Dieu n'y plaça qu'une porte , « Et la Mort l'ouvre pour tous.
« Sur celte plage étrangère^ n. 19
2i8 POESIES
« Egales à leur réveil , « Et la reine et la bergère , fc Sous le marbre et la fougère ^ u Dorment 4u même sommeil.
« Sous cette loi simple et juste « On voit passer tour à tour a L'oiseleur, Foiseau, l'arbuste^ « Les rois et leur race auguste :
« J'y passerai donc un jour.
(( Mais des rois l'ombre incertaine « Demande grâce souvent « Au destin qui les entraîne :
o L'oiseau blessé qui s'y traîne « Se repose en arrivant.
« Là ^ de la flèche empennée « Tous les traits ^ont amortis ;
a £t la mère infortunée j « Libre y et désemprisonnée^ a Chante auprès de ses petits !
« Si votre pitié naïve
« Ne craint pas de nouveaux pleurs^
« Cherchez^ au bord de la rive^
« Une feuille fugitive
tf Où sont gravés mes malheurs ( 1 ). »
Sous l'ombre mystérieuse La feuille alors murmura; Et, long-temps silencieuse^ Plus triste que curieuse , L'Hirondelle soupira.
« Adieu donc, s'écria-t-elle ,
La Feuille de rose, de M. Arnault.
(( Puisqu'il faut partir sans vous !
« Puisse une feuille nouvelle ^ « Quelque jour , à rHirondelle « Révéler un sort plus doux ! »