‹ Poésies de Madame Desbordes-Valmore (volume 2)Chapitre 63 sur 86 · ET LE ROSSIGNOL · texte numérisé non relu

ET LE ROSSIGNOL

A M. AKNAUD.

R£T£ a s'élancer, joyeuse y Aux libres plaines des cieux, L'Hirondelle voyageuse A la saison pluvieuse Jetait un long cri d'adieu.

Sous un chêne solitaire

2i6 POESIES

Elle entend le rossignol^ Sa voix lui fut toujours chère ^ Etlajeu«,jpfs*»^ç^... , :..

Ecoute y et suspend son vol .

Elle recueille^ attentive^ L'accent qui chei-dhe 1^ cœur ; Mais ce chant qui la captive , Dans sa mesure moins vive.

N'exprime plus le bonheur!

« A quoi revez-vous, dit-elle?

a Les zéphirs sont au beau temps ; « Sm* la rive maternelle ' « Le doux printemps vous appelle; « N'aimez-vous plus lé printemps?

« — Sauvez-vous, pauvre petite ,

DIVERSES. îii

a Sans me demaader pourquoi

« Pai choisi ce sombre gîte :

« L'oiseleur^ qu'en vain j'évite,

« Vous l'apprendrait mieux que moi. »

Alors autour du grand chêne Elle entrevoit des réseaux ; Gémissante^ et hors d'haleine^ Elle veut briser la chaîne Du roi des petits oiseaux.

a Vous n'êtes pas assez forte, «Dit-il^ mais cousolez-vous.

« Du monde il faut que tout sorte ; « Dieu n'y plaça qu'une porte , « Et la Mort l'ouvre pour tous.

« Sur celte plage étrangère^ n. 19

2i8 POESIES

« Egales à leur réveil , « Et la reine et la bergère , fc Sous le marbre et la fougère ^ u Dorment 4u même sommeil.

« Sous cette loi simple et juste « On voit passer tour à tour a L'oiseleur, Foiseau, l'arbuste^ « Les rois et leur race auguste :

« J'y passerai donc un jour.

(( Mais des rois l'ombre incertaine « Demande grâce souvent « Au destin qui les entraîne :

o L'oiseau blessé qui s'y traîne « Se repose en arrivant.

« Là ^ de la flèche empennée « Tous les traits ^ont amortis ;

a £t la mère infortunée j « Libre y et désemprisonnée^ a Chante auprès de ses petits !

« Si votre pitié naïve

« Ne craint pas de nouveaux pleurs^

« Cherchez^ au bord de la rive^

« Une feuille fugitive

tf Où sont gravés mes malheurs ( 1 ). »

Sous l'ombre mystérieuse La feuille alors murmura; Et, long-temps silencieuse^ Plus triste que curieuse , L'Hirondelle soupira.

« Adieu donc, s'écria-t-elle ,

La Feuille de rose, de M. Arnault.

(( Puisqu'il faut partir sans vous !

« Puisse une feuille nouvelle ^ « Quelque jour , à rHirondelle « Révéler un sort plus doux ! »

Page 1