A LA TOUR DE ROUEN
AR mon baptême y ô ma mère-, Je voudrais être l'enfant Qai bondit sur la bruyète Avec l'agneau qu'il défend.
J'ai soif de l'eau qui murmure Et fuit là-bas dans le» fleurs :
i6o POÉSIES
L'eau de la tour est moins pure , Je la trouble avec mes pleurs.
Si le rayon d'une étoile Glisse au fond de ma prison , Les baiTeaux forment un voil ' Qui tourmente ma raison.
Quand le fer qui se colore M'annonce que le jour luit , Le petit Artliur encore Est triste comme la nuit.
Pour bercer ma jeuae enfance Vous saviez des airs touchans ; Et j'ai reçu la défense De me rappeler vos chants I Mais que la flûte loititaÂn" M'apporte un réveil plus 4»nx j
MVERSES. îâî
Je tressaille dans ma chatne ; Ma mère, je pense à vous.
Ce vieux gardien dont l'œil sombre Un soir me remplit d'effroi , Qui, sur mes pas, comme une ombre, Fit peur au pauvre enfant'-roi , J'ai vu son front , moins austère , Vers ses enfans se baisser :
Hélas ! que n'est-il mon père !
Il daignerait m' embrasser.
Lorsque la fièvre brûlante Sur lui fit planer la mort , Sa bouche , pâle et tremblante , Dit qu'il avait un remo^d.
De cette afiJTèuse démence Cherchant à le secourir ,
363 PO£SI£iS
J'ai chanté votre wmamoà Pour l'empêcher de souffrir.
Aux sons de la vitillâ hàvpe Il s'endormit sur mon sein , Enveloppé .de réchai:pe Dont me para votre main.
Une reine l'a brodée :
Mon £;eolier la garde eocctr.,. .
Je ne l'ai plus demtindée ; Et c'était mon seul trésor.
Peut-être ce sacriRce
En secret l'attendrira )
Et qu'à vos larmes , propice ,
Un moment il me rendra.
Mes biens , mes jours, ma couronne ,
Tout ce qu'ils braient d'avoir ,
DIVERSES. a63
Oh ! ma mère , je le doniie ; Mais avant je veux vous voir*
Malgré leur veille farouche ,
Tappris seul à^retracer
Le premier nom que ma bouche
Essaya de prononcer.
!Ne pouvant briser la pierre
Où j'ai nommé leur vainqueur ,
Us ont brûlé ma paupière ;
Mais la mémoire est au cœur^
En vain leurs bandeaux funèbres Ont puni mes faibles yeux; A genoux, dans les ténèbres , Ma prière monte aux cicux ; L'épée y dort suspendue ;
Gomme vous en ce séjour , Mon père, on la croit perdue:
Maiisijeratlemaunjourl...