‹ Poésies de Madame Desbordes-Valmore (volume 2)Chapitre 74 sur 86 · CONTE D'ENFANT · texte numérisé non relu

CONTE D'ENFANT

L ne faut plus courir à travers les bruyères , t ^ ni sans congé vous hasarder au loin, êtes très-petit^ et vous avez besoin on vous aide encore à dire vos prières, iriez- vous aux champs , si vous étiez perdu? is ne trouviez plus le sentier du village?

ait : a Quoi, si jeune ^ il est mort? c'est dommage! » crieriez.... De si loin seriez-vous entendu?

etits compagnons y à l'heure accoutumée ,

'2(fy POÉSIES

Danseraient à la porte et chanteraient tout bas ; Il faudrait leur répondre ^ en la tenant fermée : a Une mère es^malade ^ enfaus y ne chantez pas 1 » Et vos cris rediraient : a O ma mère ! 6 ma mère ! » L'écho vous répondrait, l'écho vous ferait peur. L'herbe humide et la nuit vous transiraient le cœur. Vous n'auriez à manger que quelque plante amère; Point de lait, point de lit!... Il faudrait donc mouiir? J'en frissonne ! et vraiment ce tableau fait frémir. Embrassons- nous, je vais vous conter une histoire; Ma tendresse pour vous éveille ma mémoire.

« Il était un berger, veillant avec amour Sur des agnesiux chéris , qui l'aimaient à leur tour. Il les désaltéi'ait dans une eau claire et saine , Les baignait à la source , et blanchissait leur laine; De serpolet , de tliy m , parfumait leurs repas ; Des plus faibles encor guidait les premiers pas;

n ruisseau quelquefois permettait l'escalade.

uu d'eux ^ au retour^ traînait un pied inalade y

tait dans i&i bras tout doucement porte ;

la nuit^ sur son lit ^ dormait à son côte }

reillés l^e matin par l'aurore vermeille ,

îur jouait des airs à captiver l'oreille ;

s tard, quand ils broutaient leur souper sous ses yeux^

( sons de sa musette il les rendait joyeux.

Fin il renfermait sa famille chérie

Dedans la bergerie, ind l'ombre sur les champs jetait son manteau noir,

Il leur disait : « Bonsoir , lers ag;neaux ! sans danger reposez tous ensemble^ un par l'autre pressés, demeurez chaudement; isqu'à ce qu'un beau joui' se lève et nous rassemble , >us la garde des chiens dormez tranquillement. »

S chiens rodaient alors , et le pasteur sensible

ogS POÉSIES

Les revoyait heureux dans un rêve paisible, s ■ £li! ne rétaient-ils pas? Tous bénissaient leur sort, Excepté le plus jeune; hardi y malin , folâtre y Des fleurs^ du miel^ des blés et des bois idolâtre , Seul il jugeait tout bas que son maître avait tort.

Un jour, riant d'avance^ étroulani sa chimère, Ce petit fou d'agneau s'en vint droit à sa mère y Sage et vieille brebis^ soumise au bon pasteur. « Mère ! écoutez, dit-il : d'où vient qu'on nous enferme? « Les chiens ne le sont pas^ et j'en prends de l'humeur' « Cette ]oi m'est trop dure, et j'y veux mettre un terme- « Je vais courir partout, j'y suis très-résolu, a Le bois doit être beau pendant le clair de lune : « Oui, mère, dès ce soir je vçux tenter fortune : a Tant pis pour lé, pasteur , c'est lui qui l'a voulu. »

— tt Demeurez, moq agneau, dit la mère attendrie^*

~Vous n'êtes qu'un enfant^ bon pour la bergerie; Hestez-y près de moi ! Si vous voulez partir^ t Hélas ! j'ose pour vous prévoir un repentir. »

— « Pose vous dire non ; cria le volontaire.... » (Jq chien les obligea tous les deux à se taire.

Quand le soleil couchant au parc les rappela j

£t que par flots joyeux le troupeau s'écoula ^

L'agneau sous une haie établit sa cachette ;

Il avait finement détaché sa clochette.

Des que le parc fut clos ^ il courut à l'entour ,

Il jouait^ gambadait^ sautait à perdre haleine.

« Je voyage ; dit-il , je suis libre à mon tour!

« Je ris y je n'ai pas peur ; la lune est claire et pleine :

« Allons au bois^ dansons, broutons !» Mais, par malheur ^

I^€8 loups pour leurs enfans cherchaient alors curée :

Un peu de laine, hélas î sanglante et déchirée ,

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POKSIES

Fut tout ce que le vent daigoa rendi-e au pasLcur Jdfjei comme il fut triste, à l'aube renaissante ! Jugez comme on plaîfiuit la mère gémissaole ! «Quoi! cesoir,cria-t-elle, on nous appellera, 1 Et ce soir... et jamais l'agneau ne répondra! " Eu l'appelant en vain elle affligea l'Aurore ; Le soir elle mourut en l'appelant encore.

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