LE BILLET D'UNE AMIE
H ! qu'il ne fiit y m'écrivait une amie, între nous deux qu'un fleuve à traverser !
'irais sans peur cette nuit t'embrasser^ ilt doucement te surprendre endormie.
^e braverais le terrible élément ; ^A quelque flot, ému de mon courage , ^e pousserait jusque» à ton rivage^ ])u l'amitié serait mon seul aimant.
3o4 POÉSIES
De Teau qui fuit dans cette nuit obscure J'aJPFronterais le roulement grondeur^ Car de cette eau ^ froide^ limpide et pure ^ L'embrassement rafraîchirait mon cœur.
Ce cœur blessé; qui ne bat plus qu'à peine ^ Respirerait pour s'élancer vers toi.
Il est si doux de soulever sa chaîne y Et de se dire : on la porte avec moi !
Des flots amers et du bruit de la vie J'irais sauver ou distraire mon sort y Et y je le sens, tenter un vain effort, Pour retourner à mes fers asservie*
J'irais pleurer à ta porte, où ma voix
T'attirerait coi^rageuse et timide.
En saisissant ma main encore humide,
DIVERSES. 3o5
Du me plaindrais ; je t'ai plainte une fois !
^uand tu partis y oui, j'ai plaint ton courage ; 'avais tout lu dans tes yeux qui parlaient^ De ta pudeur j'imitai le langage ; ['étais muette y et mes larnies coulaient.
Tes vœux brisés, ta blessure profonde, Fous tes ennuis répandus sur mes jours , Ces maux affreux qui font haïr le monde , En les fuyant, s'en souvient-on toujours?
IVie rendrais-tu ma paix évanouie ?
Si , dans ton sein gémissante aujourd'hui , Je m'écriais : ma chère , il m'a trahie !
Répondrais-tu : pleure, et pardonne-lui?
Comme elle aimait I quelle ame Rendre et pure
3o6 POESIES.
M'a révélé ce douloureux transport !
Ah ! si rameur lui fut vraiment parjure,
Je hais l'amour... Eh quoi ! l'aimais-je^encor?