‹ Poésies de Madame Desbordes-Valmore (volume 2)Chapitre 77 sur 86 · LE PETIT MENTEUR · texte numérisé non relu

LE PETIT MENTEUR

ErfEz bien près, plus prës^ qu'on ne puisse m'entendre f Uo bruit vole sur voiis , nitiis qu'il est peu flat^ur ! Votre mère en est triste } elle vous est si tendre I On dit, mon cher Amour, que vous êtes menteur.

Au lieu d'apprendre en paix la leçon qu'on vous donne , V"ous Ëiites le plaintif, vous traînez votre voix,

-Bit vous criez très-haut : Hé ! ma bonne ! ma bonne !

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L'écho ; qui me dit tout; m'en a parlé deux fois. Vous avez efïrayé cette bonne attentive ^

Et , pour vous secourir^ Près de vous , toute pâle^ on Ta vue accourir : Bêlas ! vous avez ri de sa bonté craintive ^ Enfant ! vous avez ri ! quelle douleur pour nous ! On ne croira donc plus à vos jeunes alarmes?

Si j'avais eu ce tort, j'irais à deux genoux Lui demander pardon d'avoir ri de ses larmes ; J'irais... Ne pleurez pas; causons avant d'agir; Ecoutez unehistoire^ et jugcz-la vous-même ; Cachez-vous cependant sur ce cœur qui vous aime ; Je rougis de vous voir rougir^

« Au loup ! au loup ! à moi I » criait un jeune pâtre ; Et les bergers entr'eux suspendaient leurs discours. Trompé par les clameurs du rustique folâtre ^ Tout venait; jusqu'aux chiens ^ tout volait au secours.

DIVERSES. 3i9

Ayant de tant de cœurs éveillé le courage ^ Tirant l'un du sommeil , et l'autre de l'ouvrage y II se mettait à rire, il se croyait bien fin : c Je suis loup y » disait-il. Mais attendez la fin.

Un jour que les bergers ^ au fond d'une vallée ^ Appelant la gaîté sur leurs aigres pipeaux y Confondaientleursrepas^ leurs chansons^ leurs troupeaux, Et de leurs pieds j joyeux , pressaient l'herbe foulée : ff Au loup ! au loup ! à moi ! » dit le jeune garçon ; « Au loup ! » répéta-t-il d'une voix lamentable. Pas un n'abandonna la danse ni la table :

« Il est loup, dirent-ils \ à d^autres la leçon. »

Et toutefois le loup dévorait la plus belle

De ses belles brebis ^ Et y pour punir l'enfant qu'il traitait de rebelle ^ [1 lui montrait les dents , et rompait ses habits :

3îio POESIES

Et le pauvre menteur^ élevant ses prières , N'attristait que i'écho ; ses cris n'amenaient rien. Tout rJait ^ tout dansait au loin sur les bruyères : a Eh quoi ! pas un ami, dit-il^ pas même un chien ! d On ajoute^ et vraiment^ c'est pitié de le croire^ Qu'il serrait la brebis dans ses deux bras tremblans } Et , quand il vint en pleurs raconter son histoire ^ On vit que ses deux bras étaient nus et sang^tans. « U ne ment pas^ dit-on ^ il tremble I il saigne ! il pleure! « Quoi ! c'est donc vrai^ Colas? » U s'appelait Colas.

« Nous avons bien ri tout-à-l'heure } « Et la brebis est morte ! .çlle est mangée.. . hélas ! » On le plaignit. Un rustre ^ insensible à ses larmes ^ Lui dit : « Tu fus menteur^ tu trompas notre effroi : « Or^ s'il m'avait trompé , le menteur^ fût-il roi^

« Me crierait vainement aux armes. »

Et vous n'êtes pas roi y mon ange , et vous mentez !

DIVESRES. 3^21

pas un flatteur dont ]a voix vous abuse ;

Vous n'avez point d'excuse, md vous aurez perdu tous les cœurs révoltés , ^^^îTr*. -x, js ne direz qu'à moi votre souffrance amère^ 1^ To^

Car on ne ment pas à sa mère.

it s'enfuira de vous , j'en pleurerai tout bas j ^^fPO^'^ JS n'aurez plus d'amis^ je n'aurai plus de joie : î ferons-nous alors? Oh! ne vous cachez pas I nez un peu courage , enfant ; que je vous voie ; is me touchez le cœur, j'y sens votre pardon ; îz, petit chéri, ne trompez plus personne j ez sage, aimez Dieu, je crois qu'il vous pardonne ^

Il est père, il est bon !

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