‹ Poésies de Madame Desbordes-Valmore (volume 2)Chapitre 76 sur 86 · LES DEUX MERES · texte numérisé non relu

LES DEUX MERES

ouT perdu dans le soin de sa jeune famille , . vague qui passe y et qui roule , et qui brille^ élican s'incline , et saisit les poissons offre en espérance à ses chers nourrissons.

aifTaire^ et livrée à Tamour d'elle-même y ïuche , en digérant , vient le long du rocher.

3io POÉSIES

Son repas est fini^ qu'aurait-elle à cherchei*?

Elle porte tout ce qu'elle aime.

« Grand dieu ! d'où venez-vous? dit-elle au tendre oiseï

Dont la poitrine est ouverte et sanglante.

Sortez-vous d'un combat, d'un piège ; d'un réseau? Le coup est-il mortel? j'en suis presque tremblante. Parler donc ! quelle flèche ou quel ongle assassin Vous déchira le sein?

Vous faites peur. » « C'est moi ^ c'est un peu de ma vie

Répond le Pélican à sa pèche assidu.

y ous allez me porter envie :

Mes petits avaient faim ; mon sang n'est pas perdu , Je l'ai versé pour eux. — Quoi! dit l'autre irritée; Votre sang... taisez-vous! on ne peut sans horreur Supporter dans l'amour cet excès de fureur ; Il soulève^ il repousse, et j'en suis révoltée. Vous perdez le bon sens y vos petits vous tuerout , Et les oiseaux riront.

DIVERSES. 3ii

issez ces préjugés aux: tendres tourterelles.

amour est un besoin qu'il est doux d'éprouver ,

ais je n'aurais point d'œufs s'il fallait les couver.

iiel emploi ^ quel ennui d'étendre ainsi les ailes ,

e garder la maison y d'y mourir de chaleur!

hymen n'est donc pour vous qu'un travail, un malheur? 3 torturer le flanc , s'appauvrir l'existence ,

lourir y pour satisfaire à l'importune instance

De petits j eunes dévorans , Dont les cris déchirans

Troublent et le somme et la veille !

'en parler seulement je me blesse l'oreille.

Ce fanatisme fait pitié ; outefois; s'il est temps, écoutez l'amitié.

« Mon exemple peut vous instruire^ Loin de couver, de me détruire, Au hasard je laisse mes œufs :

3i:2 POÉSIES

Le ciel veille sur moi ^ le ciel veille sur eux : Je ne me charge pas de ce soin haïssable.

Je suis mère pourtant^ je les couvre de sable. Si la pluie et l'orage ^ et les vents tour à tour ^ Ne les écrasent pas avant de naître au jour ,

Si le Milan ne les décore ; La chaleur du soleil enfin les fait éclore :

La nature eu prend soin y et tous les élcmcns Composent mieux que moi leurs premiers alimeiTS. Ils s'envolent alors et vont chercher fortune. Je n'ai pas supporté leur enfance importune. Ce qu'ils deviennent^ je ne sais :

Je me porte bien , c'est assez. »

« — Méchante ! ah ! méchante endurcie I De quel aveuglement ton ame est obscurcie?

Tu n'as donc d'une mère obtenu que le nom?

Va , tu glaces mon coeur^ tu blesses ma raison.

DIVERSES. 3i3

uoi ! te déshériter des laimes d'une mère j

De ses touriiieDS délicieux^

De ses plaisirs silencieux y il tout est volupté bien que parfois amère !

uand je sens mes petits s'agiter sous mon sein ^

Quand leurs cris me disent : J'ai faim !

h! quel bonheur j'éprouve à leur donner ma vie! ais ma douce blessure est promptcment guérie :

On dirait que l'extrême amour

Renaît sans cesse^de lui-même :

n le prodigue en vain y comme le feu du jour ^ se ranime encor pour nourrir ce qu'il aime, a chercher tes enfans ; tu me remercîras ^ tu peux les trouver et devenir sensible :

3n sort^ au milieu d'eux ^ s'écoulera paisible. • a , ne crains plus la mort ; sois mère ^ tu vivras ! »

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