‹ Poésies de Madame Desbordes-Valmore (volume 2)Chapitre 84 sur 86 · LA. CONVALESCENCE · texte numérisé non relu

LA. CONVALESCENCE

N bruit de fête agitait mes compagnes^ ^ous leurs plus frais atours je les vis accourir;

Elles criaient : « Viens ! le bal va s'ouvrir; Viens y nous allons au bal , et tu nous accompagnes. »

tt Quoi ! dans les champs ? quoi ! dans ce beau jardin ^ Plus beau y plus vert^ plus bruyant à cette heure ^ Si gai le soir^ si triste le matin?

Car le matin je sais que Ton y pleure!

Quoi ! vous voulez que je suive vos pas , Si faible encore? ob ! je ne danse pas ^ Non, dis-je, non. » Mais elles m'entourèrent, De fleurs , de nœuds en riant me parèrent, Et rendue en espoir à Tair pur des vallons, Riante aussi, je répondis : « Allons ! »

Oui, cette fête avait pour moi des charmes; Oui, j'appelais des champs les suaves couleurs;

Car le zéphyr errant parmi les fleurs Est salutaire aux yeux ou se cachent des larmes.

Mais je dis mal , non , je ne pleurais plus; J'étais de mille maux, de mille biens perdus

Trop lentement mais à jamais guérie.

Hélas! on meurt long-temps lorsque Fou fut trahie

Je renaissais, j'osais vivre pour moi,

Pour l'amitié de ces beautés aimantes ;

Jl me parer j'aidais leurs mains charmantes ; étais mieux. Oui , ma sœur^ je le voyais en toi. ^si.ns tes regards émus qu'il m'était doux de lire ^ ^uand tu revis des fleurs couronner mes cheveux ! ^es tristes souvenirs , ton vague espoir^ tes vœux , ^a sœur! je voyais tout à travers ton sourire.

« Regardez-la y disais^tu^ qu'elle est bien!

Que manque-t-il à son teint? quelques roses ;

Et le grand air , le bruit ^ qui sait? un rien

Peut tout-à-coup les y répandre écloses. »

Je t'écoutais , je ne sais quel pouvoir

M'aidait à fuir ma retraite profonde ; i^e devançais l'instant qui me rendait au monde ^ ^ ce monde entrevu, que je voulais revoir.

Et l'heure frappe^ et par elle entraînées ^

Nous avançons deux à deux enchaînées.

D'harmonieux échos promènent dans les airs

3()o POESIES

L'enchantement des nocturnes concerts ;

Le jour fuyait^ mais mille autres lumières Sur mes yeux éblouis font baisser mes paupières.

Il me semblait^ oh! quel doux sentiment!

Ciel ! pardonnez à l'orteil d'un moment!

Il me semblait^ dans ma reconnaissance ^ Que tout daignait sourire à ma couTalescence.

Les yeux fermés j'accueillis cette erreur ;

Tout caressait mon innocente ivresse;

Autour de moi je sentais le bonheur,

Et le bonheur ressemble à la tendresse.

Mais on nous suit... mais j'entends une voix, Que dans mon cœur j'entendis autrefois :

Je crois rêver , je l'espère... et ma vue Passe en tremblant sur l'image imprévue.

Aimable sœur ^ ce fut encor ta main y Qui , prompte à me sauver^ me montra le chemin I

DIVERSES. 36i

De ta frayeur , de ta grâce attendrie ^ J'ai murmuré : « Ne suis-je pas guérie? »

Et lui ^ peut-être, ému quelques instaus De me revoir languissante et penchée^ Comme une fleur que l'orage a touchée^ Dans ma pâleur il m'observa long-temps.

Mais ma fierté n'en fut point consternée; Nul changement n'a paru dans mes traits ; D'un air indifférent je me suis détournée.. • Hélas ! j'ai cru que je mourais !

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