‹ Poésies de Madame Desbordes-Valmore (volume 2)Chapitre 83 sur 86 · II · texte numérisé non relu

II

lo POESIES

A peine pour voler mon aile eut du ressort ; J'ai senti, sous le poids d'une force étrangère, Qu'une fçrille et des fers avaient borné mon sort. Vois ma chaîne, elle est belle ; eh bien I ce don funeste,

« Je n'en veux plus , je le déteste.

Imposé par un mdUre, il a dû m'opprimer ; Offert par uû ami, toi, tu pourras l'aimer ; Prends-le , j'ai trop porté ce bien que l'on m'envie ; Il dut orner ma mort, qu'il brille sur ta vie. Mais cet art qui console, et que j'admire en toi, Cette lyre cachée , ami , donne-la moi I »

« Ta bonté te séduit, dit la Muse emplumée.

Dieu versa dans mon sein cette flamme aninocée > Je chatite , j'obéis, je ne sais rien de plus. Ne perdons pas nos biens en efforts superflus ; Ton collier ferait honte à mon simple plumage , Et jamais les oiseaux ne vendent leur ramage.

DIVERSES. 35i

« Toi y que l'on dit si beau^ quand le jour brillera y

« Ton règne va renaître et le mien s'éteindra^

ce La lune est de mes chants la seule confidente ]

« J'aime à suivre des yeux son pâle et doux flambeau ;

« ] 1 suffit aux amours ^ à la paix y au tombeau ;

« Et l'on ne m'entend pas^ d'une voix imprudente^

« Défier au grand jour l'envie et les flatteurs 5

« Dès qu'ils dorment^ je veille en ces bois enchanteurs^

« Dans l'onde^ par le feu des étoiles blanchie^

« Mon image un peu sombre est assez réfléchie^

« Une gloire me suit^ sans orgueil^ sans effroi^

« Mais délicieuse et cachée y

« De l'ambition détachée^

« Ellç 0st entre le ciel et moi ! »

« Bon ! dit le sansonnet , la chaîne m'est acquise. « Qu'on fî^it bien d'écouter au lieu d'aller dormir I (( Pour les imiter tous ma méthode est exquise ;

353 POJESIES

« Le rossignol g;émit ; eh bien ! je yais gémir ; N II cadence à merveille^ on verra ma cadence. « J'ai son secret^ demain j'en ferai confidence « A ce jeune rêveur qu'afflige sa beauté ; <c Je me fais rossignol^ le prix est remporté. »

Préludant sa victoire^ au lever de Taurore^

Il éveille Fécho, qui se taisait encore^

Au Grec y en triomphant , il porte ses leçons ^

Et veut du rossignol lui traduire les sons ;

Mais il brise , il détruit y il corrompt l'harmonie ,

En croyant imiter les écarts du génie.

Sa plume se hérisse ^ il s'enroue^ à ses cris

Les Zéphyrs sous les fleurs se retirent surpris ;

Il semble condamné^ par un firman suprême^

A s'étrangler lui-même.

Les oiseaux en désordre^ à ces accens affreux^ Volent^ quittent leurs nids y se rassemblent entre eux^

Croyant que des hiboug ont subi la lumière , Que la railleuse Aurore inonde leur paupière De ses rayons cbarmans^ pour eux seuls odieux^ Et qu'ils vont se venger d'avoir ouvert les yeux.

On reconnaît Terreur^ on rit. Le faux Linée

Dit : a he prix est à moi , la leçon est donnée. »

« M'ose8>tu bien parler^ vain et stupide oiseau^

« Képond le Grec; va-t'en.. Mais non^ je fiiis moi-même;

« Je suis sourd , je suis mort: par ton orgueil extrême ^

« Tu m'as fait regretter les Turcs et mon réseau. »

Tout s'envole^ et la Muse avait fui la première.

Sous uu palais de feuille elle attend son ami :

Il la trouve cacbée au fond de la bruyère.

Alors , et d'une voix qu'il entend à demi :

c( De colliers et d'encens ^ vois comme ils sont avides!

« Loin de nos sansonnets , loin des sultans perfides y

« Quandla nuit répandra ses flots assoupissans ^

« Viens ! je te calmerai par mes plus doux accens.

« Qui veut garder une ame à la fois libre et tendre ,

u Ne la révèle pas à qui ne peut l'entendre :

« Cachons-nous dans l'espoir. Un jour ^ jour fortuné!

« Un jour te verra libre où tu fus enchaîné ;

a Car la fille des cieux ^ la Liberté fécotide y

tt En versant ses bienfaits^ fera le tour du monde }

« Et quand le monde en paix n'aura plus d'autre amour^

« Alors je chanterai mon idole au grand jour. »

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