‹ Poésies de Madame Desbordes-Valmore (volume 3)Chapitre 18 sur 50 · LE CONCERT · texte numérisé non relu

LE CONCERT

uixL£ soirée! ô Dieu! que j'ai souffert!

Dans un trouble' charmant je suivais rEspérance; Elle enchantait pour moi les apprêts du concert, Et je devais y pleurer ton absence.

Dans la foule cent fois j'ai cru t'apercevoir ^

Mes vœux toujours trahis n'embrassaient que ton ombre; L'Amour me la laissait tout-à-coup entrevoir, Pour l'entraîner bientôt Vers le lieu le plus sombre. Séduite par mon cœur toujours plus agité.

i36 ÉLÉGIES.

Je voyais dans le vague errer ta douce image y Comme un astre chéri, qu'enveloppe un nuage^ Par des rayons douteux perce Tobscurité.

Poilr la première fois insensible à tes charmes ^ Art d'Orphée^ art du cœur^ j'ai méconnu ta loi ; J'étais toute à l'Amour^ lui seul régnait sur moi^ Et le cruel faisait couler mes larmes !

D'un chant divin goûte-t-on la douceur, Lorsqu'on attend la voix de celui que l'on aime? Je craignais ton charme suprême , Il nourrissait trop ma langueur.

Les sons d'une harpe plaintive ; En frappant sur mon sein y le faisaient tressaillir : Ils fatiguaient mon oreille attentive, Et je me sentais défaillir.

Et toi ! que faisais-tu, mon idole chérie ,

Quand ton absence éternisait le jour?

Quand je donnais tout mon être à l'amour ^ M'as-tu donné ta rêverie?

As-tu gémi de la longueur du temps?

D'un soir... d'un siècle écoulé pour attendre? Non! son poids douloureux accable le plus tendre;

Seule ^ j'en ai compté les beures^ les instans ; J'ai langui sans bonheur^ de moi-même arracbée ; Et toi 7 tu ne m'as point chercbée!

Mais quoi ! l'impatience a soulevé mon sein ;

£t^ lasse de rougir de ma tendre infortune ^

Je me dérobe à ce bruyant essaim

Des papillons du soir^ dont l'hommage importune.

L'heure^ aujourd'hui si lente à s'écouler pour moi^

Ne marche pas encore avec plus de vitesse ;

Mais je suis seule au moins , seule avec ma tristesse ,

£t je trace , en rêvant, cette lettre pour toi ,

i38 ÉLÉGIES.

Pour toi , que j* espérais , que j'accuse , que j'aime I Pour toi; mon seul désir^ mon tourment ^ mon bonheur!

Mais je ne veux la livrer qu'à toi-même , £t tu la liras sur mon cœur.

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