‹ Poésies de Madame Desbordes-Valmore (volume 3)Chapitre 19 sur 50 · PRIÈRE AUX MUSES · texte numérisé non relu

PRIÈRE AUX MUSES

OTRE empire a troublé mon bonheur le plus doux;

Muses , rendez-moi ce que j'aime !

L'Amour fut son maître suprême;

Il n'en a plus d'autre que vous.

Ce n'est plus pour moi qu'il délire ; U a banni mon nom de ses écrits touchans.

G Muses! loin de lui sourire^ Par pitié pour l'Amour^ n'écoutez plus ses chants !

Cette fièvre qui le dévore

i43 ÉLÉGIES.

En rêvant le transporte à vos divins concerts ;

Etf doucement pressé sur le cœur qui Tadore^ Je l'entends murmurer des vers.

Que cherche-t-il? est-ce la gloire?

Il la plaçait dans mon amour^ Les aveux d'un tendre retour Étaient sa plus douce victoire. ^

Pensive, et seule au rendez-vous , Que devient sa jeune maîtresse?

Elle est muette en sa tristesse, Quand l'ingrat chante à vos genbux.

Que sert de lui donner ma vie, S'il est heureux sans moi?

Que deviendra l'amour dans mon ame asservie.

S'il échappe à sa loi?

Cette loi si simple, si tendre, Quand je l'apprenais dans ses yeux, Ses yeux alors me la faisaient comprendre

Bien mieux qu'Ovide en ses chants amoureux !

Ah ! sans la définir notre âme la devine :

L'art n^appt*end pas le sentiment.

Il est gravé pour moi^ par une main divine , Dans le regard de mon amant!

Où donc est-il , ce regard plein d'ivresse ?

Il brûle encor, mais c'est d'une autre ardeur !

J'ai donné toute ma tendresse ) Cœur partagé peut-il payer mon cœur?

Mais si d'une brillante et trompeuse chimère

L'ambitieux est épris pour jamais \

Si vous rejetez ma prière ,

Muses ! qu'il soit heureux^ du moins ^ par vos bienfaits !

Heureux sans moi! Je fuirai son exemple 5

Trop faible j en le suivant ^ je pourrais m' égarer.

Ouvrez-lui vos trésors , ouvrez-lui votre temple; A celui de l'Amour^ seule ^ j'irai pleurer.

f44 ÉJLEGIES.

Uc^Mcorité ^pe le sort me destine M'âoigne d'an waarUà irre, de tos ^Tems :

Eh bien! j'ind Fattendie an pied de la colline

Qu'il grarira par on sentier de fienrs.

Si quel^efbis la romance attristée

Peint mon ennui , le trouble de mes sens.

Inspirée au village, elle y sera chantée, Et les bergers naïfs rediront mes accens.

Adieu, Muses ! la gloire est trop peu pour mou ame ;

L'amour sera ma seule erreur;

Et^ pour la peindre en traits c^e flamme ,

Je n'ai besoin que de mon cœur.

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