‹ Poésies de Madame Desbordes-Valmore (volume 3)Chapitre 29 sur 50 · L'INCONSTANCE · texte numérisé non relu

L'INCONSTANCE

NGONSTANCE y afïreux sentiment y Je t'implorais^ je te déteste.

Si d'un nouvel amour tu me fais un tourment j

N'est-ce pas ajouter au tourment qui me reste ?

Pour me venger d'un cruel abandon , Of&e un autre secours à ma fierté confuse.

Tu flattes mon orgueil y tu séduis ma raison ; Mais mon cœur est plus tendre, il échappe à ta ruse. Oui, prête à m'engager en de nouveaux liens y

igS ÉLÉGIES.

Je tremble d'être heureuse^ et je verse des larmes ^ Oui^ je sens que mes pleurs avaient pour moi des charmes y Et que metf maux étaient mes biens;

Si tu veux m' égarer dans Tamour que j'inspire , Si tu ne veux changer ton ivresse en remords^ Arrache donc mon ame à ze» premiers transports y A ce tourment aimé que rien ne peut décrire.

Me sera-t-il payé . même par le bonheur ?

Pour le goûter jamais mon ame est ^rop sensible : Je la donne au plaisir; une pente inyiqcible La ramène vers U douleur.

Comme un rêve aiélancolique ,

Le souvenir de mes amours

Trouble mes nuits^ voile ja»es jours.

Il est éteint ce feu, jce ch^irme u9Mlue ^ Éteint par toi ^ cruelle! En yain^ k o^es genoux. Tu promets d'endbaUier un amant plus ajmable.

Ce cœur blessé, dont l'amour est jaloux^ Donne encore un regret^ un soupir au coupable.

Qu'il m'était cher I que je l'aimais !

Que par un doux empire il m'avait asservie !

Ah ! je devais l'aimer toute ma vie y Ou ne le voir jamais !

Que méchamment il m'a trompée !

Se peut-il que son ame en fût préoccupée , Quand je donnais à son bonheur Tous les battemens de mon cœur !

Dieu ! comment se peut-il qu'une bouche si tendre Par un charme imposteur égare la vertu ?

Si ce n'est dans l'amour^ où pouvait-il le prendre y Quand il disait : «i Je t'aime ; m'aimes-tu? »

fiaitale inconstance ! ô tourment de mon ame ! Qu'as-tu fait de la sienne y et qu'as-tu &it de moi?

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Ibis.

Non^ ce n'est pas rAmour^ ce n'est pas lui^ c'est toi Qui de nos jours heureux a désuni la flamme.

Je ne pouvais le croire : un triste étonnement Au cœur le plus sensible ôtait le sentiment.

Mes pleurs se desséchaient à leur source brûlante^

J'étais pâle ^ mourante; Mes yeux désenchantés repoussaient l'avenir; Tout semblait m'échapper^ tout y jusqu'au souvenir.

Mais il revient, rien ne l'eflfiace; La douleur en fuyant laisse encore une trace. Si tu m'as vue un jour me troubler à ta voix^ C'est que tu l'imitais , cet accent que j'adore :

Oui, cet accent me trouble encore , £t mon cœur fut créé pour n'aimer qu'une fois.

oi qui m'as tout repris jusqu'au bonheur d'attendre ,

Tu m'as laissé pourtant l'aliment d'un cœur tendre; L'amour ! et ma mémoire ou se nourrit l'amour : Je lui dois le passé ; c'est presque ton retour ! Cest là que tu m'entends y c'est là que je t'adore } Cest là que sans fierté je me révèle encore.

Ma vie est dans ce rêve où tu ne fuis jamais : Il a ta voix ; ta voix ! tu sais si je l'aimais ! Cest là que je te plains ; car plus d'une blessure ^

ao4 « ÉLÉGIES.

Plus «fane gloire éteinte a troublé , j'en suis sûre , Ton cœur, si généreux pour d'autres que pour moi : Je t^ai senti gémir ; je pleurais a^ec toi !

Qui donc saura te plaindre au fond de ta retraite ^ Quand le cri de ma mort ira frapper ton sein ? Tu t'éveilleras seul dans la foule distraite , Où des amis d'un jour s'entr^égare l'essaim ; Tu n'y sentiras plus une ame palpitante Au bruit de tes malbeurs , de tes moindres revers } Ta vie y après ma mort ^ sera moins éclatante } Une part de toi-même aura fui Tunivers.

Il est doux d'être aimé ! cette croyance intime Donne à tout on ne sait quel air d'enchantement :

L'infidèle e^t content des pleurs de sa victime ;

£t^ fier^ aux pieds d'une autre il en est plus charmant.

L'as-tu dit?... Oui , cniel , oui, je crois tout possible;

ELEGIES. 2o5

Je te pardonne tout j sois heureux^ tout est bien : Le ciel^ qui t'avait fait pour me rendre sensible ^ Oublia que pour plaire il ne me donnait rien. Et je fuis : je t'échappe au milieu de tes fêtes ^

Où tant de vœux ont divisé nos pas !

Xi'éloignement , triste bienfait y hélas !

Semble un rideau jeté sur tes conquêtes.

Je n'entends plus ces déchirantes voix y Qui vont chercher des pleurs jusques au fpnd des âmes; Ces mots inachevés y qui m'ont dit tant de fois

Les noms changeans de tes errantes flammes :

Je les sais tous ! ils ont brisé mes vœux; Mais je n'étouffe plus dans mon incertitude : Nous mourrons désunis; n'est-ce pas^ tu le veux ? Pour t' oublier^ viens voir!... qu'ai-je dit? vaine étude^ Ou la nature apprend à surmonter ses cris :

Pour déguiser mon cœur, que m'avez-vous appris ?

La vérité s'élance à mes lèvres sincères :

ao6

Sincère^ elle t'appelle y et tu ne l'entends pas ! Ah ! sans t'avoir troublé qu'elle n»eure tout bas ! Je ne sais point m'armer de froideurs mensongères ; Je sais fiiir : en fuyant on cache s^a. douleur y

Et la fatigue endort jusqu'au malheur.

Oui^ plus que toi l'absençç est douce aux cœurs fi,dsèles : Du temps qui nous effeuille elle amortit les aijLes; Son voile a protégé l'ingrat qu'pn veut chérir : On ose a^iimer encore } on ne veut plus mourir.

A DÉLIE

A DÉLIE

u goût des vers pourquoi me faire un crime?

Leur prestige est si doux pour un cœur attristé !

U ôte un poids au malheur qui m'opprime ; Gomme une erreur plus tendre , iVa sa volupté. Légère, libre encor^ d'hommages entourée,

Daus les plaisirs coulent vos heureux jours ^

Et, paisiblement adorée,

Vous riez avec les Amours.

Ah! loin de la troubler, qu'ils charment votre vie! t. 18.

'jio £LiEOIES.

Qae pour tous le printemps soit prodigue de fleurs y Que tout prenne à vos yeux ses briUantes couleurs ! Riez y riez toujours, ô Tolage Délie !

Abandonnez vos nuits aux songes les plus doux^ Qu'ils soient de vos beaux jours une glace fidèle ! A. force de bonheur soyez encor plus belle , Et qu'au réveil l'Amour vous le dise à genoux !

Mais quoi ! si vous trouviez un rebelle à vos charmes ; Après mille strmens s^il trahissait tos vœux y La douce flamme de vos yeux S'éteindrait bientât dan» les larmes.

Vous sentiriez alors le besoin de réver^ De livrer au hasard* votre marche incertaine ^ De ralentir vos pas au bruit d'une fontaine ; Et d'y pleurer les maux que je viens d'éprouver. N'enviez plus à votre amie Un plaisir aussi douloureux :

ÉLÉGIBS. 211

Ravir la plainte aux malheureux^ C'est leur dire : Quittez la vie!

Quand je vous vois disputer au miroir De fraîcheur et de grâce avec les fleurs que j'aime j Quand je vous y vois prendre en secret^ pour vous-mâme^

Tout le plaisir que Ton goûte à vous voir^

M'entendez-vous ^ ô ma chère Délie ^

Vous reprocher un passe-temps si doux?

Non^ je deviens moins somhre en vous voyaxkt jolie ; Je pardonne à TAmbur^ je lui souris pour vous. Mais si de la gaîté la parure est l'emblème ^ Elle donne un éclat plus triste à la pâleur : A. la beauté brillante il faut un diadème^

Il faut un voile à la douleur.

De ce lis embaumé.^ qui pour vous vient d'éclore ^ Couronnez votre front charmant ^

2112 EftEGIES.

Mon front ^ que Tennui décolore^

Doit se pencher sans ornement.

Du sort qui m'enchantait la fatale inconstance

De ma jeunesse a flétri l'espérance } Un orage a courhé le rameau délicat , Et mes vingt ans passeront sans éclat :

Je les donne à la solitude;

Je donne aux Muses mes loisirs.

L'art de plaire fait votre étude ,

L'art d'aimer fera mes plaisirs.

Mais non , je l'ouhlîrai cet art^ ce don funeste ^ Qui servit à l'Amour quand il forma mon cœur. Non ^ ce présent des cieux ne fait pas le bonheur :

C'est pourtant le seul qui me reste !

Le monde où vous régnez me repoussa toujours; Il méconnut mon ame à la fois douce et fière; Et d'un froid préjugé l'invincible barrière Au froid isolement condamna mes beaux jours.

ÉLÉGIES. ai3

L'infortune m'ouvrit le temple de Thàlie , L'espoir m'y prodigua ses riantes erreurs ^ Mais je sentis parfois couler mes pleurs ,

Sous le bandeau de la Folie.

Dans ces jeux où l'esprit nous apprend à charmer,

Le cœur doit apprendre à se taire ; Et lorsque tout nous ordonne de plaire, Tout nous défend d'aimer.

Oh ! des erreurs du monde inexplicable exemple . Charmante Muse ! objet de mépris et d'amour,

Le soir on vous honore au temple,

£t l'on vous dédaigne au grand jour.

Je n'ai pu supporter ce bizarre mélange

De triomphe et d'obscurité, Ou l'orgueil insultant nous punit et se venge

D'un éclair de célébrité.

Trop sensible au mépris , de gloire peu jalouse , Blessée au cœur d'un trait dont je ne puis guérir,

Sans préteadre sus doux noms et de mère et d'épouie 11 me iàut donc mourtr!

Hais voua, qui cooDaisses mon ame tonjours pure, Qui gémiuË% pour moi des caprices du sort, Vons qui savez , h^las , qu'en ma retraite obscure

Il me poursuit encor; Faites grâce, du moins, à l'ianocenl délire Qui m'apprend, tans effort, à moduler des vers. Seule, je suis pourtant moins sftuleavec ma lyre; Quelqu'un m'entend, me plilint, dans l'aniva*.

A DELIE

A DÉLIE

AU un badlnage enchanteur, Vous aussi ^ vous m'avez trompée !

Vous m'avez fait embrasser une erreur :

Légère comme vous^ elle s'est échappée.

Pour me guérir du mal qu'Amour m'a fait, Vous avez abusé de votre esprit aimable ;

Et je vous trouverais coupable^ Si je pouvais en vous trouver rien d'imparfait.

ai8 ELEGIES.

Je Tai vu cet amant si discret et si tendre ; J'ai suivi son maintien ^ son silence^ sa voix. Ai-je pu m'abuser sur l'objet de son choix?

Ses regards vous parlaient, et j'ai su les entendre. Mon cœur est éclairé , mais il n'est point jaloux. J'ai lu ces v^s charmans ou son ame respire ; Cest TAmour qui l'inspire , Et l'inspire pour vous.

Pour vous aussi je veux être la même :

Non , vous n'inspirez pas un sentiment lé^er- ; Que ce soit d'amitié , d'amour, que l'on vous aime , Le cœur qui vous aima ne peut jamais changer. Laissez-moi ma mélancolie ; Je la préfère à i^ivresee d- un jour :

On peut rire avec la Folie , Mais il n'est pas prudent de rire avec l'Amour. Laissez-moi fuir un danger plein de charmes ; Ne m'offrez plus un cœur qui n'est qu'à vous :

Le badinage le plus doux Finit quelquefois par les larmes.

Mais je n'ai rieu perdu y la tranquille amitié

Redeviendra bientôt le charme de ma vie :

Je renonce à l'amant^ et je garde une amie ;

C'est du bonheur la plus douce moitié.

'2UJ

A DÉLIE

A mut.

VI ! cette plainte échiq[)pe à ma dolileiir : Je le 8cns^ vous m'ave^:pe)rdi]«. Vous ayez , malgré moi , ^liaposéde mbn cœur^ Et du vôtre jaBaaia je ne fus entendue .

A.h! que vous me faites haïr Cette feinte amitié qui coûte tant de larmes !

Je n'étais point jalouse^de vos^eiiarknes , Cruelle ! de quoi donc voulicz-vous me punir?

2^i ÉLÉGIES.

Y os succès me rendaient heureuse; Votre bonheur me tenait lieu du mien ; Et quand je vous voyais attristée ou rêveuse. Pour vous distraire encor /oubliais mon chagrin. MaiS; ce perfide amant dont j'évitais l'empire , Que vous avez instruit dans l'art de me séduire , Qui trompa ma raison par des accens si doux ,

Je le hais encor plus que vous.

Par quelle cruauté me l'avoir fait connaître? Par quel afireux orgueil voulut-il me charmer ?

Ah ! si l'ingrat ne peut aimer,

A quoi sert l'amour qu'il^iait naître ?

Je l'ai prévu , j'ai voulu fuir; L'Amour jamais n'eut de moi que des larmes :

Vous avez ri de mes alarmés , Et vous riez encor quand je me sens mourir !

Grâce à vous^ j'ai perdu le repos de ma vie :

Votre imprudence a causé mon malheur^ Et vous m'avez rav i j usques à la douceur De pleurer avec mon amie !

Laissez-moi seule avec mon désespoir^ Vous ne pouvez me plaindre ni m'entendre ; ^

Vous causez la douleur, sans même la comprendre ; A quoi me servirait de vous la laisser voir ? Victime d'un amant ^ par vous-même trahie , J'abhorre l'Amitié ^ je la fuis sans retour ; Et je vois^ à sa perfidie^ Que l'ingrate est sœur de l'Amour.

LE SOUVENIR

LE SOUVENIR

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