‹ Poésies de Madame Desbordes-Valmore (volume 3)Chapitre 28 sur 50 · LA NUIT D'HIVER · texte numérisé non relu

LA NUIT D'HIVER

ui m'apelle à cette lieure^ et par le temps qu'il fait ?

Cest une douce voix^ c'est la voix d'une fille : Ah ! je te reconnais ; c'est toi , Muse gentille?

Ton souvenir est un bien&it.

Inespéré retour ! aimable fantaisie !

Après un an d'exil qui t'amène vers moi?

Je ne t'attendais plps, aimable Poésie ^ Je ne t'attendais plus ^ mais je révais à toi.

Loin du réduit obscur où tu viens de descendre ,

igo ELEGIES.

L'amitié , le bonheur^ la gaîté , tout a fiii : O ma Muse ! est-ce toi que j'y devais attendre? U est fait pour le» pleurs et voilé pas l'ennui. Ce triste balancier^ dans son bruit monotone^ Marque d'un temps perdu l'inutile lenteur^ Et j'ai cru vivre un siècle^ enfin ^ quand l'heure sonne , Vide d'espoir et de bonheur .

L'hiver est tout entier dans ma sombre retraite :

Quel temps as-tu daigné choisir ?

Que doucement par toi j'en suis distraite !

Oh ! quand il nous surprend^ qu'il est beau le plaisir ! D'un foyer presque éteint la flamme salutaire Par intervalle encor trompe l'obscurité :

Si tu veux écouter ma plainte solitaire y

Nous causerons à sa clarté.

Petite Muse^ autrefois vive et tendre j

Dont j'ai perdu la trace au temps de mes malheurs ; As-tu quelque secret pour charmer les douleurs? Viens , nul autre que toi n'a daigné me rapprendre. Écoute ! nous voilà seules dans l'univers ,

Naïvement je vais tout dire :

J'ai rencontré l'Amour^ il a brisé ma lyre 5 Jaloux d'un peu de gloire , il a brûlé mes vers.

« Je t'ai chanté^ lui dis-je ^ et ma voix^ faible encore,

Dans ses premiers accens parut juste et sonore :

Pourquoi briser ma lyre? elle essayait ta loi.

Pourquoi brûler mes vers? je les ai faits pour toi.

Si de jeunes amans tu troubles le délire ^

Cruel; tu n'auras plus de fleurs dans ton empire;

U en faut à mon âge , et je voulais ; un jour,

M'en parer pour te plaire, et te les rendre , Amour.

Déjà je te formais une simple couronne,

Fraîche, douce en parfums. Quand un cœur pur la donne,

Peux-tu la dédaigner? Je te Fo^Bre à genoux; Souris à mon orgueil et n'en sois point jaloux. Je n'ai jamais senti cet orgueil pour moi-même ; Mais il dit mon secret, mais il prouve que j'aime. £h bien ! fais le partage en généreux vainqueur : Amour; pour toi la gloire y et pour mot le bonheur. C'est un bonheur d'aimer, c'en est un de le dire. Amour, prends ma couronne , et laisse-moi ma lyre^ Prends mes vœux, prends ma vie; en fin, prends tout, cruel î Mais laisse-moi chanter au pied de ton autel. »

Et lui : « Non y non ! ta prière me blesse ; Dans le silence , obéis à ma loi :

Tes yeux en pleurs , plus éloquens que toi , Révéleront assez ma force et ta faiblesse. »

Muse , voilà le ton de ce maître si doux.

Je n'osai lui répondre , et je vei sai des larmes;

Je sentis ma blessure^ et je maudis ses armes. Pauvre lyre î je fus muette comme vous !

L'ingrat I il a puni jusques à mon silence.

Lassée enfin de sa puissance^ Muse , je te redonne et m'es vœux et mes chants .* Yiens leur prêter ta grâce , et rends-les plus touchans. Mais tu pâlis ^ ma chère ^ et le froid t'a saisie ! C'est l'hiver qui t'opprime et ternit tes couleurs. Je ne puis t'arrêter, charmante Poésie ; Adieu ! tu reviendras dans la saison des fleurs.

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