‹ Poésies de Madame Desbordes-Valmore (volume 3)Chapitre 36 sur 50 · LES DEUX MÈRES · texte numérisé non relu

LES DEUX MÈRES

'approchez pas d'une iii«re afBigée ^ Ënfiint , je ne sourirai plus.

Vos jeux taiit^y vos soins sont superflus , Et ma douleur n'en sera pas changée.

Laissez-moi seule à Feonui de mon sort; Quand la vie à vos yeux s'oisvre avec tous ses charmes , En faut y plaitidrieE- vous mes larmes ?

Vous ne comprenez pas la mort.

La mort ! ce mot, 4|ui glace F espérance ,

îi7!i ÉLÉGIES.

Ne touche pas votre heureuse ignorance.

Ici le malheureux cherche un autre avenir :

Hélas ! ne chantez pas lorsque j'y viens mourir.

De ces noirs arbrisseaux l'immobile feuillage , Des pieuses douleurs les simples monumens ,

ib'un champ vaste, morne et sauvage

: Sont les seuls ornemens.

L'éch^ de cette enceinte est une plainte amëre : Qu'y venez-vous chercher? Gourez. vers votre mëre j Portez-lui votre amour, vos baisers et vo6 fleurs : Ges trésors sont pour elle, et pour moi «ont les pleurs. Allez r sur l'autre rive elle s'est arrêtée ; Abandonnez vos fleurs au courant. du ruisseau ;

Doucement emtralné par l'eau, Qu'un bouquet vous annonce à son ame enchantée. Vous la verrez sourire , en attirant des yeux Ce don simple apporté par Je flot du rivage;

£Ij£GI£S* an 3

£t; cher.dbiaat k&xer votre mobile image ^ Tressaillir à vos cris joyeyx.

Je l'aurais vue^ au temps où j'excitais l'envie y Même en vous caressant , rêver à mon bonheur» ' Cette suave joie ^ où se baignait mon cœur^ N'est plus qu'^n poison leqt distillé sur ma vie. Mon triompl^e est pa^sé, le sien croit avec vous : C'est à moi de rêver à son bonbeur suprême ; Elle est mère , et je pleure. O sentiment jaloux ! On peut donc vous connaître au sein de la mort même? Mais pour un cœur flétri les pleurs sont un bienfait : Le mien a respiré du poids qui l'étouf&it ; Celui de votre mère en ti*emblant vous appelle ^ Gourez vous jeter dans son sein.

Ce jour est sans nuage , oh! passez-le près d'elle ! Un beau jour a souvent un aBreux lendemain.

^74 ÉLËGJE&

Ne foulez plus cc;lteherb6*où m cache une tombe ; D'uQ auge vous troublez le ti-kiiquine sominell.

Dieu ne m'a promis son réveil I

Qu'en arrachant mon ame à mbn corps qui irùécoxdMS.

Dans cet encl(>s> désett y dàm de iHâl^ jarditt / '

Tout semble m'amioive^ dé j»«pos t{ue jf i«n^6^e ;

£t^ sous unfi'oid cyprès ^ mon iang^^ brûltaeiMdre;

Sera calme 4'^maiti<.

O douce plante ensevelie !

Sur un.SQl immortel^. tes rftHuoâiiXi gracieux

Gouvriroutima wélani^olie..

D'un ombrage>déBcleMx,

Ta tige élevée et »up6i^bQ

Ne craindra plus le ver rudo^ur^.

Qui veut la dévorer sous l'herbe ^

Comme U a dévoie ta fleur ;

Cette fleur^ au temps échappée ^ .

ELEGIES. arf)

D'un rayon pur enveloppée , Reprendra toute sa beauté ; i Son doux éclat fera ma gloire ,

Et le tourment de ma mémoire En sera la félicité.

Mais une jeune voix trouble encor ma prière

Et m'arrache au bonheur que je viens d'entrevoir :

Tout-à-coup ramenée aux songes de la terre ,

J'ai tressailli , j'ai cru le voir!

Oui, j'ai cru te revoir, idole de mon ame, Lorsqu'avec tant d'amour tu t'élançais vers moi. D'un flambeau consumé rallume-t-on la flamme? Non, sa clarté trop vive est éteinte avec toi. Et vous qui m'attristez, vous n'avez en partage Sa beauté , ni la grâce où brillait sa candeur, Enjfant ; mais vous avez son âge :

C'en est assez pour déchirer mon cœur !

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