‹ Poésies de Madame Desbordes-Valmore (volume 3)Chapitre 44 sur 50 · L'ISOLEMENT · texte numérisé non relu

L'ISOLEMENT

uoi \ ce n'est plus pour lui; ce n'est plus pour l'attendre ,

Que je vois arriver ces jours longs et brùlans? Ce n'est plus son amour que je cherche à pas lents? Ce n'est plus cette voix si puissante y si tendre^ Qui m'implore dans l'ombre^ ou que je crois entendre? Ce n'est plus rien ? Où donc est tout ce que j'aimais ? Que lé'monde est désert! n'y laissa-t-il personne? Le temps s'arrête et dort : jamais l'heure ne sonne.

Toujours vivre; toujours ! on ne meurt donc jamais? Est-ce l'éternité qui pèse sur mon ame?

Interminable nuit que tu couvres de flamme !

Gomme l'oiseau du soir qu'on n'entend plus gémir^ Auprès des feux éteints que ne puis-je dormir ! Gar ce n'est plus pour lui qu'en silence éveillée La muse qui me plaint , assise sur des fleurs ^ M'attire dans les bois , sous l'humide feuillée^ Et répand sur mes vers des parfums et des pleurs. Il ne lit plus mes chants, il croit mon ame éteipte^ Jamais son cœur ^éri n'a soupçonné ma plainte ^ Il n'a pas deviné ce qu'il m'a fait souf&ir : Qu'importe qu'il l'apprenne? il ne peut me guérir. J'épargne à son orgueil la volupté cruelle De juger dans mes pleurs l'excès de mon amour. Que devraifl-jë à mes cris? $a frayeur? son retx)ur? Sa pitié?.. . C'est la mort que je veux avant elle. Tout e»t détruit : lui-même , il n'e^tplus le bonheur:

Il brisa son image en déchirant mon cœur.

Me rapporterait-il ma douce imprévoyance , Et le prisme charmant de l'inexpérience?

L'amour en s'envolant ne me l'a pas rendu :

Ce qu'on donne à l'amour est à jamais perdu.

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