‹ Poésies de Madame Desbordes-Valmore (volume 3)Chapitre 5 sur 50 · L'ORAGE · texte numérisé non relu

L'ORAGE

QUELLE accablante chaleur!

Oa dirait que le ciel va toucher la montagne. Vois ce nuage en feu qui rougit la campagne : Quels éclairs! quel bruit sourd! ne t'en va pas; j'ai peur!

Les cris aigus de l'hirondelle Annoncent le danger qui règne autour de nous^ Son amant efirayé la poursuit et l'appelle : ,^

Pauvres petits oiseaux ^ vous retrou verez*vous?

Reste ^ mon bien-aimé! reste, je t'en conjure;

3o IDYLLES.

Le ciel va s'entr'ouvrir.

De Forage sans moi tu veux braver l'injure; Cruel! en me quittant, tu me verrais mourir.

Ce nuage embrasé qui promène la foudre , Vois-tu bien, s'il éclate, on est réduit en poudre!

Encourage mon cœuv^ il palpite pour toi

Ta main tremble, Olivier, as-tu peur comme moi? Tu t'éloigies; tu crains un danger que j'ignore: En est-il un plus grand que d'exposer tes jotity? Je donnerais pour toi ma vie et nos amours ; Si j'avais d'autres' biens , tu les aui*ais encore. En cédant à tes vœux, j'ai trahi mon devoir; Mais ne m'en punis pas. Elle est loin, ta ehaumière. Pour nous parler d'amour^ tu demandais le soir ; Eh hkffo. ! pour te sauver^ prends la nuit tout entière; Mais ne me parle plus de ce cruel amour ; Je vais l'offrir à Dieu^ dans ma tristesse extrême : C'est en priant pour ce que j'aime

IDYLLES. 3i

Que j'attendrai le jour.

Sur no8 champs inondés tourne un moment la vue : Réponds ; mialgré mes pleurs, veux-tu partir encor? Méchant^ ne souris plus de me voir trop émue^ Peutrou ne pas trembler en quittant son trésor? Je vais me réunir à ma sœur endormie :

idieu! laisse gronder et gémir Taquilon; Quand il aura cessé d'attnster le vallon^ Tu pouri^s t'éioigner du toit de ton amie.

Mais quel nouveau malheur I qu'allons* nous devenir?

N'entends*-tu pas la voix de mon vieux père?

Ne vois-tu pas une faible lumière?

De ce côté, Dieu! s'il allait venir!

Pour une faute, Olivier, que d'alarmes!

Laisse-moi seule au moins supporter son courroux ;

Puis tu viendras embrasser ses genoux^

3i IDYLLES.

Quand je l'aurai désarmé par mes larmes.

Non! la porte entr'oyverte a causé ma frayeur.: On tremble au moindre bruit ^ lorsque l'on est coupable. Laisse-moi respirer du trouble qui m'accable ^ Laisse-moi retrouver mon cœur.

Séparons-nous y je suis trop attendrie; Sur ce cœur agité ne pose plus ta main; Va! si le ciel entend ma prière chérie ,

U sera plus calme demain :

Demain, au point du jour, j'irai trouver mon père; Sa bonté préviendra mes timides aveux ; De nos tendres amours pardonnant le mystère, Il ne t'appellera que pour combler tes vœux.

Déjà le vent rapide emporte le nuage , La lune nous ramène un doux rayon d'espoir ; Adieu ! je ne crains plus d'oublier mon devoir , O mon cher Olivier ! j'ai trop peur de l'orage.

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