‹ Poésies de Madame Desbordes-ValmoreChapitre 114 sur 138 · LE RETOUR DU MARIN · texte numérisé non relu

LE RETOUR DU MARIN

Pour qui s'épuisp à travailler La mort est un doux oreiller.

De liÉRANCER.

« Petits enfants, vos jeunes yeux, Entre l'eau qui gronde et les cieux Ont-ils vu blanchir une voile?

Celle dont j'ai filé la toile.

Si mon rêve dit l'avenir.

Avant l'hiver doit revenir.

« — Oui! tantôt sur la roche nue, En regardant l'errante nue, Nous avons vu là-bas, là-bas.

Rouler une voile sans mâts.

« — Enfants des pauvres matelots, Dont les pères sont sur les flots, Votre voix peut percer l'orage :

Criez de tout votre courage !

Dans l'éclair aux sombres couleurs, Voit-on flotter nos trois couleurs?

« — Non : (lu haut de la roche nue, Quand l'éclair déchire la nue,

ri-Eir,S ET PA IVRES FLEinS. Ô10

Sur ce pont ([iii Hutte vers nous, On ne voit (|u'un homme à genoux.

« — C'est lui ! Ikièle et courageux, Au fond de mon rêve orageux, Cette nuit je l'ai vu paraître :

Descendez pour le recomiaître!

Moi, j'ai tant pleuré, que mes yeux Ne verront plus Jame qu'aux cieux!

« — Ah! la foudre, en crevant la nue. L'a jeté sur la roche nue !

S'il n'a pas cessé de souffrir.

Descendons l'aider à mourir. »

Et les enfants des matelots Retirèrent Jame des Ilots.

C'était Jame ! et la fiancée Tint toucher à sa main glacée Son doux lien, son anneau d'or; Car Jame le portait encor!

Qu'ils sont bien sous la roche nue, A l'abri de l'errante nue, Oublieux de leurs mauvais jours, Morts... et mariés pour toujours!

Page 1