A MES FILLES
Toujours notre iladoiK»
Est là, levant sa main Entre le ciel qui tonne Et les blés du chemin :
Dans riieri)e haute assise Au salut dos passants, Elle n'a point d'église.
De cierges ni d'encens.
Sous le toit d'aubépines Oui lui sert de palais.
L'oiseau chante matines Dans l'arbre pur et frais :
Les enfants du village Sont ses anges élus, Et les bruits du feuillage Lui sonnent VAiùjelnsI
Son regard sans coli'nv Parle au cœur ropenlant !
Son doux silence éclaire L'aveugle qui l'entend !
350 PLEURS ET r.Vl'VnES FLEURS.
Un pauvre l'a troiivéo Au fond (lu ravin creux, Et Dieu l'a conservée Aux autres malheureux!
Prenez pour confidente Sa charité sans voix :
La voix la plus prudente Nous trahit quelquefois.
Dans son chaste mystère, A l'abri des reurets, Au-dessus de la terre Enfermez vos secrets !
Ouand sur ses pieds de reine J'ai mis mon front brûlant, Je sens, veine par veine, Couler un calme lent :
Filles de Notre-Dame, Dormez sur ses genoux; Pour élever votre âme.
Elle en sait plus (jue nous!
A PAULINE DUCHAMBGE
En ce tomps-là je montais dans ta chambre, Causer une heure, et pleurer et chanter : Car nous chantions pour étourdir décembre; Et puis nos pleurs coulaient de nous quitter
Je le cherchais comme, par la campagne, Quelque liirondelle échappée aux autans Monte rapide au toit d'une compagne, lui raconter ses secrets palpitants.
Tout ce qui tient dans un sort d'hirondelle : L'orage en haut; la moisson sans chaleur; Un nid qui tombe; un message infidèle; Un rendez-vous brisé par l'oiseleur.
Nous disions tout l'une à l'autre sincère; Larme pour larme et le cœur dans le cœur. Si le bonheur est de croire, ô ma chère, Qu'un toit si simple abrita de bonheur !
Et d'où venaient nos plaintes racontées, 5os chants furtils entravés de longs pleurs, Nos peurs d'enfants gravement écoutées?
C'est que notre âge avait toutes ses fleurs?
l'Li: I lis i.T l'A 1 \ i;i:s ri.i: i; i;s.
(Jui l'cgardaiL sous iiion aile blessées Le dard... celui (jui me lait mal eneocï (Jui doucement essuyait ma pensée Du rêve amer qui fait aimer la mort?
Comme aujourd'hui, c'était toi, mon autre âme; Lueur vivante éclairant mon chemin :
Ange j^ardien sous ton voile de femme, A qui Dieu dit : « ïenez-la par la main ! »
0 jours d'hier! ô jeunesse envolée
Avant notre ànie, autre oiseau gémissant,
Ouvrant à Dieu sou aile d'exilée,
Rougie au plomb qu'on lui tire en passant !
Posée à peine aux lieux où sonne l'heure. Sais-tu quel seuil mon pied triste a tenté? Tout seuil de Christ^ où chaque âme qui pleure A droit d'asile et d'hospitalité.
Le front baigné de soleil ou de bise.
Sans droit ni place au banquet étranger, Je me sauvais dans les bras d'une église. Seuls bras ouverts au malheur passager.
J'allais suspendre une heure à ces vieux dômes
Où Dieu s'enferme et dit à tous : Entrez !
Où le plain-chant de sonores fantômes
Crie en tous temps : Frères, quand vous voudrez !
J'allais verser nos humbles harmonies Sur le sommeil étouffé des prisons.
BtM'cant, l'iilinaiit les acres iiisoninics, Vvoc l'aiiiour qui bat dans les chansons!
J'étais, je snis la vovai^euse encore.
Lasse d'absence et de tous les séjours. Que de ta chambre indipiente et sonore L'écho tourmente et rappelle toujours!
Mon sort, lancé vers l'étoile inconnue.
Serrait sa chaîne à ciiacjue mouvement; Mes yeux rêveurs et mouillés sous la nue A ton rideau retnnniaicnt tristement.
liharme aimanté! lampe qui se consume!
Cœur oppressé de chants mélodieux!
Oh! sous ta cendre où l'ange se rallume, M'attendras-fu pour nous t'uliiir aux cieux?
J'irai te prendre, attends! pauvre et chérie. Dernier reflet de mon lointain doré ; Replie encor ton aile endolorie :
Toi, si tu meurs, je crois que je mourrai!