‹ Poésies de Madame Desbordes-ValmoreChapitre 121 sur 138 · RÊVE D'UNE FI:MME · texte numérisé non relu

RÊVE D'UNE FI:MME

Veux-tu recommencer la vie, Femme, dont le front va pâlir?

Veux-tu l'enfance, encor suivie D'anges enfants pour l'embellir?

Veux- lu les baisers de ta mère Échauffant tes jours au berceau?

« — Quoi ! mon doux Éden éphémère :

Oh! oui, mon Dieu! c'était si beau! d

Sous la paternelle. puissance, Veux-tu reprendre un calme essor.

Et dans des parfums d'innocence Laisser épanouir ton sort?

Veux-tu remonter le bel âge.

L'aile au vent, comme un jeune oiseau?

« — Pourvu qu'il dure davantage.

Oh! oui, mon Dieu? c'était si beau! »

Veux-tu rappreridre l'ignorance Dans un livre à peine enir'ouvert?

Veux-tu ta plus vierge espérance, Oublieuse aussi de l'hiver?

Tes frais chemins et tes colombes, Les veux-tu jeunes comme toi?

PI.ELKS KT PAIVHF.S KI.KURS.

M — Si mes clieinins n'ont plus de tombes, Oh! oui, mon Dieu! rendez-les-moi! »

Reprends donc do ta destinée L'encens, la musique, les fleurs, Kt reviens, d'année en année, Au temps qui duinge tout en pleurs :

Va retrouver l'amoui', le même !

Lampe orageuse, allume-toi !

>i lletourncr au monde où l'on aime...

mon Sauveur! éteij:nez-moi! »

FLEUli D'ENFANCE

L'iialeiuo d'une Ik'ur sauvage,

En passant tout près de mon cœur,

Vient de m'eniporter au rivage

Où naguère aussi j'étais fleur.

(Jommc au fond d'un prisme où tout cliangi

Où tout se révèle à mes yeux,

Je vois un enfant aux yeux d'ange :

C'était mon petit amoureux!

Parfum de sa neuvième année, Je respire encor ton pouvoir.

Fleur à mon enl'ance donnée, Je t'aime connue son mir'oir.

Nos jours ont séparé leur trame.

Mais Lu me rappelles ses yeux; J'y regardais llolter mon âme :

C'était mon petit amoureux!

l)e blonds cheveux en auréole, Un regard tout voilé d'azur, Une brève et tendre parole, Voilà son jiorti'ait jeune et pur.

Au seuil de ma pauvre chaumière (jiiand il se sauvait de ses jeux,

PLEUnS ET l'AUVKKS l'I.EUKS.

Que ma petite àiiie était lière!

C'était mon petit amoureux!

Celte ombre qui joue à ma livc Et se rapproche au moindre bruit, Me suit, comme un filet d'eau vive, A travers mon sentier délruil :

Chaste, elle nie laisse auU)ur d'elle Enhicer un chant douloureux; Hélas! ma seule ombre fidèle.

C'est vous, mon petit amoureux!

Femme, à qui ses lèvres timides Ont dit ce qu'il semblait penseï', Au temps où nos lèvres humides Se rencontraient sans se presser ; Vous qui lûtes son doux Messie, L'avez-vous rendu bien heureux?

Du cœur je vous en remercie :

C'était mon petit amoureux!

A PAULINE DUCIUMBG

1^1. 1.E VOULAIT OUTTEIl LE MONDE

Oluiu'J lu le l'erais sicur gi'isc, Un bandeau blane sur les yeux; Quand d'une prière apprise Tu tourmeulerais les cieux ; (Juand, sur les pauvres penchée, Mouillant leurs cris de tes pleurs Par ta blessure cachée Tu sonderais leurs douleurs;

Ouand lu pouri'ais, sœur Morave, Sil(Micieuse à toujours, Sous une loi morne et grave Immobiliser (es jours, Cesserais-tu, mon pauvre ange, D'écouler, vivre et soulïrir Ton cG'ur, ce malade étrange Oui n'a peur que de guérir?

(Juand sur le marbre el la pierre Tu verserais l'oraison, Pour évoijuer la lumière Oui r.dhnu ' la l'aison ;

J'I. F. uns F.T l'ArVFlES FI.Fir. •

Quand ta voix, (''Iriiilc au nioiulc, S'cMifermerait sans retour., Une autre voix plus prolondo Te crierait encore : « Amour! «

Tous les cloîtres de la terre' Mentent à ton désespoir; Dans son plus chaste mystère Dieu n'a pas de manteau noir:

Et le reclus prêt à rendre Ses comptes au Créateur >'(' pourra que trop comprendre Ou"il manque un cœur à ton cœur!

Reste au monde-, plaide encore!

Ton procès n'est pas fini :

Pour un crime que J'ignore, L'amour tendre ^ lut lianni.

Aime en vain; donne et pardonne A qui ne t'a pas compris ; Souris à qui t'abandonne; Va! l'on n'aime qu"à ce prix!

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