L'ÉPHÉMÈRE
Je SUIS liop délicat, trop faible et trop petit Pour cueillir vos fruits mûrs et porter vos corheilles, Dépouiller les tilleuls du trésor des abeilles, Courber de vos moissons la féconde épaisseur ; Mais je vous enverrai l'Automne : c'est ma sœiu'. M. U. DE Latolche.
Fi'èle créaliou do la fuyante aui'ore,
itiivre-toi comme un prisme au soleil qui le dore;
Va dire ta naissance au liseron d'un jour;
Va, tu n'as que le temps de deviner l'amour!
Et c'est mieux, c'est bien mieux que de le trup connaître; Mieux de ne pas survivre au jour qui le vit nailre. Happe sa douce amorce, et que ton aile, entant, Joue avec ce flambeau ; rien ne te le défend.
Né dans le feu, ton vol en cercles s'y déploie, Et sème des anneaux de lumière et de joie. Le fil de tes hasards est court, main il est d'or. Nul regret ne pendra lugubre sur ton sort ; Nul adieu ne viendra gémir dans l'harmonie De ton jour de musique et d'ivresse infinie ; Ce que tu vas aimer durera tes instants; Tu ne verras le deuil ni les rides du temps.
û'ià ' Al\ PETITS FMAMS.
Les l't'iiillcls de Ion sort sont des Iciulles de rose Fiévreuse de soleil et d'encens, qnel destin! Atonie délecté dans le miel qni Tàrrose, Sonne fa bienvenne au banquet du matin.
Je t'envie! et Dieu t'aime, innocent éphémère!
Tu nais sans déchirer le beau flanc de ta mère ;
Ce penser triste et doux ne te fait point de pleurs :
Il ne t'impose pas comme un remords de vivre.
Tu n'as point à traîner ton cteur lourd connue un livre
Heureux rien! ta carrière est au bout des ces fleurs.
Bois ta vie à leur àme, et que ta prompte haleine
fioùte à tous les parfums dont s'abreuve la plaine.
IhUe-toi : si le ciel commence à se couvrir.
Une goutte de pluie inondera tes ailes :
Avant d'avoir vécu tu ne veux pas mourir.
Toi! Les fleurs vont au soir : ne tombe qu'après elles.
Bonjour! bonjoui'! adieu! Trois nuits jiour ton soleil.
Et pour nous, (pie de nuits jusqu'au dernier sommeil!
Le long vivre n'apprend que des fables railleuses.
Tristement recueillis sous nos ailes frileuses,
Nous épions l'espoir, qui n'ourdit qu'un regrel ;
Et l'espoir n'ouvre pas sa belle cluysalide.
Et c'est un fruit coulé sous son écorce vide;
Et le vrai, c'est la mort! — et j'attends sou secret.
Oh! ce sera la vie; oh! ce sera vous-même,
Bêve à qui ma prière a tant dit : Je vous aime !
Ce sera, pleur par pleur, et tourment |tar tourmeni.
Des âmes en douleurs le cliasle eufaiitemenl !
LE PETIT TEUREIjX
Oiioi, Daniel! à six ans vous l'ailos le l'aux iirave;
A'ons insnllcz un cliirn (jui dorl ; Vous lui tirez l'oreille! et, raillant votre esclave, Sous ses pas endormis vous dressez une entrave! L'esclave qui sommeille, ô Daniel, n'est i)as merl, Sou réveil s'armera d'une dent meurtrière : La preuve en a rougi votre linge en lambeaux. Oui, vous voilà blessé, mais blessé par derrière! ilalgré la nuit, j'y Vois. Sauvons-nous des llanibeaux. Sauvons-nous des témoins... Moi, je suis votre mère. Je cacherai ta honte, enfant, dans mon amour : Viens! j'ai pilié de toi, car la honte est amère: Bénis Dieu : sa bonté vient d'éteindre le jour.
Personne ne t'a vu lâche et méchant... Écoute : Pour t'appeler mé('hant sais-tu ce fju'il m'en conte? C'est ton nom pour ce soii'; subi.s-le devant moi : Va! personne jamais ne l'entendra que toi. Personne ne t'a vu d'une bête innocente
Tourmenter l'indolent sommeil.
Et, pour irriter son réveil.
Lui simuler sa chaîne absente.
Cher petit fanfaron, c'est lui qui t'a fait peur. Sa gucub^ était immense, ouverte à la vengeance.
"b8 AUX PETITS Ki\FAi\TS.
li II' inaiigoait, Daniol, sans ma tendre indulgence; Et tu fuyais en vain, lié par la stupeur. Il m'a cédé sa proie, il a compris mes larmes; Et ])ent-ètre un gâteau, que préparait ma main
l'onr charmer ton loisir demain, L'a rendu tcut à t'ait ch'inent à mes alarmes. Je t'avais fait si beau, si grand ! Ne pleure plus : De tes habits l'eau pure effacera la tache; Ton âge n'en a pas où le remords s'attache ! Tout ce qui doit survivre à tes cris superflus. Ce qu'il faut regretter par delà ton enfance. C'est mon sang... oui, le mien! lâchement répandu Quoi! sous la dent d'un chien tu l'as déjà perdu, Daniel, et ton pays l'altend pour sa défense!
LE PETIT MENTECK
Venez bien près, plus près; (ju'on ne puisse m'entendrc lu bruit vole sur vous, mais qu'il est peu llatteur! Votre mère en est triste; elle vous est si tendre? Ou dit, mon eiier amour, que vous êtes menteur.
Au lieu d'apprendre en paix la leçon qu'on vous domie. \ ons laites le plaintil', vous traînez votive voix, Kt vous criez très-haul : Eli! ma bonne! ma bonne! L'èclio, qui me dit tout, m'en a parlé deux lois. Vous avez effrayé cette bonne attentive!
Et, pour vous secourir, l'rès de vous, toute pâle, on l'a vue accounr. Ilélas! vous avez ri de sa bonté craintive. Enfant! vous avez ri! quelle douleur poui" nous! Ou ne croira donc plus à vos jeunes alarnii's! Si j'avais eu ce tori, j'irais à deux. genoux Lui demander pardon d'avoir ri de ses larmes; J'irais... Ne pleurez pas; causons avant d'agir; Écoutez une histoire, et jugez-la vous-même. Cachez-vous cependant sur ce cœur qui vous aime: Je rougis de vous voir rougir.
'< Au loup!. au Inupl à moi! i' criait un jeum' pâtre: Kt les bergers entre eux suspendaient leurs discours.
5G0 Alix l'ETITS ENFANTS.
Troiiipr it;ir les claiiii'iii's du l'usdijuc l'olàdY',
Tout vciKiii, jusqu'aux chiens, tout volait au secours.
Ayant de tant de cœurs éveillé le courage,
Tirant l'un du sommeil, et l'autre de l'ouvrage.
Il se mettait à rire, il se croyait bien lin :
« Je suis loup, » disait-il. Mais attendez la lin.
Un jour que les bergers, au fond d'une vallée.
Appelant la gaieté sur leurs aigres pipeaux,
Confondaient leurs repas, leurs chansons, leurs troupeaux,
Et de leurs jiieds joyeux pressaient l'herbe foulée :
« Au loui) I au lou[) ! à moi ! » dit le jeune garçon ;
« Au loup! » réi)éla-t-il d'une voix lamentable.
l'as un n'abandonna la danse ni la table :
« 11 est loup, dirent-ils; à d'autres la leçon! »
Et toutefois le lou|> dévorait la plus belle
De ses belles brebis; Et, itour [)unir l'enfant qu'il traitait de rebelle, 11 lui montrait les dents, et rompait ses habits : Et le pauvre menteur, élevant ses prières, N'attristait que l'écho; ses cris n'amenaient rien. Tout riait, tout dansait au loin sur les bruyères : (( Eh quoi! pas un ami, dit-il, pas même un chien! » Un ajoule, et, vraiment, c'est pitié de le croire, (Ju'il serrait la brebis dans ses deux bras tremblants; Et, quand il vint en [deurs raconter son histoire. On vit que ses deux bras étaient nus et sanglants. « 11 ne ment pas, dit-on, il tremble! il saigne! il pleure! (Juoi ! c'est donc vrai, (lolas? n II s'appelait Colas;
« Nous avons bien ri tout à l'heure ; Et la brebis est morte! elle est mangée... hélas! » On le plaiL;nit. In l'uslrc, insensible à ses larmes,
AUX PETITS ENFAxNTS. 361
Lui (lit : « Tu lus menteur, tu trompas notre effroi : Or, s'il m'avait trompé, le menteur fût-il roi, Me crierait vainement : Aux armes! »
Et vous n'êtes pas roi, niDu ange, et vous mentez! ki pas un flatteur dont la voix vous abuse;
Vous n'avez point d'excuse.
Quand vous aurez perdu tous les cœurs révoltés, Vous ne direz qu'à moi votre souffrance amère,
Car on ne ment pas à sa mère.
Tout s'enfuira de vous, j'en pleurerai tout bas ; Vous n'aurez plus d'amis, je n'aurai plus de joie : Que ferons-nous alors? Oh! ne vous cachez pas! Prenez un peu courage, enfant; que je vous voie; Vous me touchez le cœur, j'y sens votre pardon; Allez, petit chéri, ne trompez plus personne; Soyez sage, aimez Dieu, je crois (ju'il vous pardonne;
Il est père, il est bon !