‹ Poésies de Madame Desbordes-ValmoreChapitre 131 sur 138 · L'ECOLIER · texte numérisé non relu

L'ECOLIER

Un tout petit enfant s'en allait à l'école. On avait dit : Allez!... Il tâchait d'obéir; Mais son livre était lourd, il ne pouvait courir. Il pleure, et suit des yeux une abeille qui vole.

« Abeille, lui dit-il, voulez-vous me parler? Moi, je vais à l'école : il faut apprendre à lire; Mais le maître est tout noir, et je n'ose pas rire : Voulez-vous rire, abeille, et m'apprendre à voler?

— Non, dil-elle; j'arrive et je suis très-pressée. J'avais i'roid; l'aquilon rn'a longtemps oppressé(! : Enfin, j'ai vu les fleurs; je redescends du ciel. Et je vais commencer mon doux rayon de miel Voyez! j'en ai déjà puisé dans quatre roses; Avant une heure encur nous eu aurons d'écloses Vite, vile à la ruche! on ne rit pas toujours : C'est pour l'aire le miel qu'on nous rend les beaux jours. »

Elle fuit et se perd sur la route embaumée. Le frais lilas sortait d'un vieux mur enlr'ouvorl; Il saluait l'aurore, et l'aurore charmée Se montrait sans nuaue et riait de l'hiver.

AUX PETITS EMA.NTS. ôfir^

Une liirondollc passe : elle enioure la jouf Du polit nonchalant qui s'attriste et qui joue; Et dans l'air suspendue, en redoublant sa voix, Fait tressaillir l'écho qui dort au fond des bois.

»( Oh! bonjour! dit l'enfant, qui se souvenait d'elle : Je t'ai vue à l'aulonme. Oh! bonjour, hirondelle! Viens! tu portais bonheur à ma maison, et moi Je voudrais du bonheur. Veux-tu m'en donner, toi? Jouons. — Je le voudrais, réponds la voyageuse, Car je respire à peine, et je me sens joyeuse. Mais j'ai beaucoup d'amis qui doutent du printemps: Ils rêveraient ma mort si je tardais lonL;temps. Non, je ne puis jouer. Pour finir leur souffrance. J'emporte un l)rin de mousse en signe d'espérance. Nous allons relever nos palais dégarnis : L'herbe croît, c'est l'instant des amours et des nids. J'ai tout vu. Maintenant, fidèle messagère. Je vais chercher mes sœurs là-bas sur le chemin. Ainsi que nous, enfant, la vie est passagère. Il en faut profiter. Je me sauve... A demain! «

L'enfant reste muet; et, la tète baissée. Rêve et compte ses pas, pour tromper son ennui, Quand le livre importun, dont sa main est lassée. Rompt ses fragiles nœuds, et tombe auprès de lui.

Un dogue l'observait du seuil de sa demeure. Stentor, gardien sévère et pr.ident à la fois. De peur de l'effrayer relient sa grosse voix. Hélas! peut-on crier contre un enfant qui pleure?

ÔOl AUX PETITS ENFAKTS.

« Bon dogue, voulez-vous que je m'approche un pcuï Dit l'écolier plaintif. Je n'aime pas mon livre? Voyez, ma main est rouge, il en est cause. Au jeu Rien ne fatigue, on rit; et moi je voudrais vivre Sans aller à l'école, où l'on tremble toujours. Je m'en plains tous les soirs, et j'y vais tous les jours; J'en suis très-mécontent. Je n'aime aucune affaire. Le sort des chiens me plaif, car ils n'ont rien à faire.

— Écolier! voyez-vous ce laboureur aux champs?

Eh bien! ce laboureur, dit Stentor, c'est mon maifre.

11 est tfès-vigilant ; je le suis plus, peut-être.

11 dort la nuit, et moi j'écarte les méchants.

J'éveille aussi ce bœuf qui, d'un pied lent, mais ferme,

Va creuser les sillons quand je garde la ferme.

Pour vous-même on travaille; et, grâce à vos brebis,

Votre mère, en chantant, vous fde des habits.

Par le travail tout plaît, tout s'unit, tout s'arrange.

Allez donc à l'école ; allez mon petit ange !

Les chiens ne lisent pas, mais la chaîne est pour eux :

L'ignorance toujours mène à la servitude.

L'homme est fin, l'homme est sage, il nous défend l'élude

Enfant, vous serez homme, et vous serez heureux;

Les chiens vous serviront. « L'enfant l'écouta dire.

Et même il le baisa. Son livre était moins lourd.

Et quittant le bon dogue il pense, il marche, il court.

L'espoir d'être homme un jour lui ramène un sourire.

A l'école, un peu tard, il arrive gaiement.

Et dans le mois des fruits il lisait couramment.

HIProLYTE

LA MÈP.E ET L ENFAM

(juand j"ai grondé mon fds, ji^ mo cache et je pleure. Qui suis-je, pour punir, moi, roseau devant Dieu, Pour devancer le temps qui nous gronde à toute heur. Et crie à tous : Prends garde; il faudra dire adieu!

Mourir avec le poids d'une parole amère.

D'une larme d'enfant que l'on a fait couler.

Que l'on sent sur son cœur incessamment rouler !

Est-ce donc pour ce droit que l'on veut être mère?

Est-ce donc là le prix des immenses douleurs Dont nous avons payé leur présence adorée? De ce pas sur la tombe encor toute navrée, Dieu ! laissez-nous donc vivre et respirer nos fleurs !

Laissez-nous contempler à deux genoux la ti>ie. Qui veut se lever seule et frémit d'obéir, Qui veut sa liberté, son plaisir, doux vertige. Tout ce qui naît, mon Dieu! tend ses bras au plaisir

Laissez-nous seulement, ardentes sentinelles, Écarter leurs dangers qu'ils aiment, si petits;

ôGC AUX PETITS ENFANTS.

Si forts à repousser nos forces maternelles, De la fierté de l'homme innocents apprentis.

Purifiez un peu ce monde, où cliatpie haleine A l'o^ntour de nos fruits souffle un air plein de feu; Préservez le lait pur dont leur âme était pleine; Alors nous suitlfi'ons l'ange par un cheveu.

Beaux anges mutinés qui bravez nos tendresses, Dont les jours, dont les nuits tièdes de nos caresses, Loin de vos nids {durneux brûlent de s'envoler, Où dormirez-vous mieux pour vous en consoler?

La mère, n'est-ce pas un long baiser de l'âme. Un baiser qui jamais ne dit non, ni demain? Faut-il ses jours? Seigneur! les voilà dans sa main : Prenez-les pour l'enfant de cette heureuse femme.

Enfant! mot qui peut dire : Amour! ciel! ou martyr! Couronne des berceaux! auréole d"épouse' Saint orgueil! nœud du sang, éternité jalouse. Dieu vous fait trop de ])leurs pour vous anéantir.

C'est notre âme en dehors, en robe d'innocence,

Ilél*s ! comme la vil ma mère à ma naissance :

Et si je la contemple avec d'humides yeux,

C'est que la terre est triste, et que l'âme est des cieux !

0 femmes! aimez-vaus par vos secrets de larmes. Par vos devoirs sans bruit où s'effeuillent vos charmes ; Après vos jours d'encens dont j'ai bu la douceur. Quand vous aurez souffert, appelez-moi : Ma sœur!

Page 1