‹ Poésies de Madame Desbordes-ValmoreChapitre 40 sur 138 · LA CONVALESCENCE · texte numérisé non relu

LA CONVALESCENCE

L'a bruit de lète agitait mes compagnes -, Sous leurs plus frais atours je les vis accourir ;

Elles criaient : « Viens ! le bal va s'ouvrir ; Viens, nous allons au bal, et tu nous accompagnes. »

(( Quoi! dans les champs? quoi ! dans ce beau jardin, Plus beau, plus vert, plus bruyant à cette heure. Si gai le soir, si triste le matin ?

Car le matin je sais que l'on y pleure ! Quoi ! vous voulez que je suive vos pas. Si faible encore ? Oh ! je ne danse pas ; Non, dis-je, non. » Mais elles m'entourèrent, De fleurs, de nœuds en riant me parèrent, Et, rendue en espoir à l'air pur des vallons. Riante aussi, je répondis : « Allons ! »

Oui, cette fête avait pour moi des charmes ;

Oui, j'appelais des champs les suaves couleurs ;

Car le zéphyr errant parmi les fleurs Est salutaire aux yeux où se cachent des larmes.

Mais je dis mal, non, je ne pleurais plus ; J'étais de mille maujc, de mille biens perdus,

Trop leiiU'iiR'iit, mais à jamais guérie. Hélas ! on meurt longteiups lorsque l'on l'ut trahie !

Je renaissais, j'osais vivre pour moi,

Pour l'amitié de ces beautés aimantes ;

A me parer j'aidais leurs mains charmantes ; J'étais mieux : oui, ma sœur, je le voyais en toi. Dans tes regards émus qu'il m'était doux de lire, Ouand tu revis des fleurs couronner mes cheveux ! Tes tristes souvenirs, ton vague espoir, tes vueux. Ma sœur ! je voyais tout à travers ton sourire.

« Regardez-la, disais-tu, qu'elle est bien !

Que manque-t-il à son teint? Quelques roses.

Et le grand air, le bruit, qui sait ? un rien

Peut tout à coup les y répandre écloses. »

Je t'écoutais, je ne sais quel pouvoir

M'aidait à fuir ma retraite profonde ; Je devançais l'instant qui me rendait au monde, A ce monde entrevu, que je voulais revoir.

Et l'heure frappe, et, par elle entraînées,

Nous avançons deux à deux enchaînées.

D'harmonieux échos promènent dans les airs

L'enchantement des nocturnes concerts.

Le jour fuyait, mais mille autres lumières Sur mes yeux éblouis font baisser mes paupières.

11 me semblait, oh ! quel doux sentiment !

Ciel, pardonnez à l'orgueil d'un moment !

11 me semblait, dans ma reconnaissance, <Jue tout daignait sourire à ma convalescence.

Les yeux fermés j'accueillis cette en-eur.

Tout caressait mon innocente ivresse ;

Autour de moi je sentais le boulieur, Et le bonheur ressemble à la tendresse.

Mais on nous suit... mais j'entends une voix 'Jue dans mon cœur j'entendis autrefois : Je crois rêver, je l'espère... et ma vue Passe en tremblant sur une ombre imprévue...

Aimable sœur ! ce fut encor ta main <Jui, prompte à me sauver, me montra le cliomin ! De ta frayeur, de ta grâce attendrie, Jai murmuré : « Ne suis-je pas guérie? » Et lui, peut-être, ému quelques instants. De me revoir languissante et penchée.

Comme une fleur que l'orage a touchée.

Dans ma pâleur il m'observa longtemps.

Mais ma fierté n'en fut point consternée ; -Nul changement n'a paru dans mes traits; D un air indifférent je me suis détournée : Hélas ! j'ai cru que je mourais !

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