‹ Poésies de Madame Desbordes-ValmoreChapitre 41 sur 138 · LES DEUX RAMIERS · texte numérisé non relu

LES DEUX RAMIERS

D'où venez-vous, couple triste et charmant? Rien parmi nous ne vous appelle encore ; Les jours d'avril n'ont qu'une pâle aurore, Et nul abri pour l'amoureux touiinent.

Les blés frileux, cachant leurs fronts timides, Comme les fleurs, tremblent au vent du nord ; Le lierre seul couvre les murs humides, Et l'hirondelle est toujours loin du port.

Vous deux, chassés par le malheur sans doute. Et consolés du malheur par l'amour, Pour échapper à quelque noir vautour.

De l'Orient vous avez fui la route.

Au toit prochain, je vous entends gémir : Ah! vous souffrez... je ne sais plus dormir ! Des vrais amants doux et discrets modèles, J'ai vos douleurs ; que n'ai-je aussi vos ailes ! Je volerais sur votre humble rempart ; Tristes ramiers, j'irais, triste moi-même, En souvenir d'un malheureux que j'aime, Du peu que j'ai vous offrir une pari.

Il erre seul... et vous errez ensemble! Dans vos baisers que votre exil est doux !

ELEGIES. iTx,

Le même sort vous frappe et vous rassemble ;

Oh ! que d'amants sont moins heureux que vous !

Venez tous deux, venez sur ma fenêtre,

De votre soif étancher les ardeurs ;

Des cieux dorés, où l'amour vous fit naître.

Au toit du pauvre oubliez les splendeurs.

Que l'un de vous se hasarde à descendre ;

Le plus hardi doit guider le plus tendre;

D'un cœur qui bat d'amour et de frayeur,

Pour un moment qu'il détache son cœur :

Voici du grain, voici de l'eau limpide.

Humble secours par mes mains répandu;

Il soutiendra votre destin timide,

Si tout un jour vous l'avez attendu!

Ainsi, mon Dieu, sur la route lointaine. Semez vos dons à mon cher voyageur!

Ne souffrez pas que quelque voix hautaine Sur son front pur appelle la rougeur.

Que ma prière en tout lieu le devance ; Dieu! que pas un ne le nomme étranger! Aidez son cœur à porter notre absence, Et que parfois le temps lui soit léger!

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