‹ Poésies de Madame Desbordes-ValmoreChapitre 42 sur 138 · AU SOMMEIL · texte numérisé non relu

AU SOMMEIL

Imagen espanlosa de la muerte, Sueno cruel, no turbes mas mi pecho.

Argensola.

Image de la mort, effroi du tendre amour, Sommeil, emporte au loin ce songe épouvantable : La mort est dans l'adieu d'un ami véritable : Ah ! ne m'avertis pas que l'on se quitte un jour!

Dans ton vol escorté de fantômes livides, Va rendre, s'il se peut, la mémoire aux ingrats : Passe comme un miroir devant ces cœurs arides, Et sous leurs traits hideux va leur tendre les bras !

Que l'avare, étendu dans son étroite couche.

Rêve une fausse clef près d'atteindre son or;

Qu'il crie, et que sa voix meure au fond de sa bouche ;

Et qu'un bras invisible entr'ouvre son trésor !

Qu'il entende compter ses richesses cachées ; Que la lampe expirante y jette sa lueur; Paralyse ses mains sur lui-même attachées. Et qu'il tremble, inondé d'une froide sueur!

Va tromper des tyrans les pâles sentinelles, Fais circuler la crainte autour de leurs rideaux ; Dissipe les grandeurs qu'ils croyaient éternelles, Et de pavots sanglants épaissis leurs lîandeaux!

Force de ce palais l'enceinte inaccessible;

Ose annoncer la mort au cœur d'un mauvais roi ;

Ordonne à ce cœur insensible

D'être au moins sensible à l'effroi !

Montre-lui la vengeance implacable, dans l'ombre. Sous les traits d'un esclave armé de tous ses fers ; Montre-lui le poignard, au feu mourant et sombre Des yeux qu'il fit pleurer : c'est le feu des enfers.

Que le beffroi s'ébranle, et tinte à son oreille La fureur populaire et son nom détrôné; Que sa porte d'airain en tombant le réveille. Et qu'il ne puisse fuir, par la peur enchaîné !

Mais laisse à l'amour pur des songes sans alarmes. Laisse au temps à dissoudre un nœud si doux, si fort! Malheureux, quand l'amour daigne enchanter nos larmes. On ne veut plus croire à la mort !

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