‹ Poésies de Madame Desbordes-ValmoreChapitre 50 sur 138 · LA PREMIÈRE CAPTIVITÉ DE BÉRANGER · texte numérisé non relu

LA PREMIÈRE CAPTIVITÉ DE BÉRANGER

Quoi! Ééranger! quoi! l'auii de la France,

L'Anacréon de nos jours orageux,

Au luth sonore, aux accents courageux,

L'amant aimé d'une jeune espérance,

Il est captif ! L'ange aux mille couleurs,

Qui du poëte apportait la couronne,

Le doux printemps qu'un air libre environne,

Au bruit des fers laisse tomber ses fleurs!

De ses baisers la féconde merveille

Va s'épancher sur une terre en deuil;

Et vainement et la nymphe et l'abeille

De leur ami vont assiéger le seuil !

Il est captif! Muses, voilez vos charmes : On l'enchaîna dormant à vos genoux.

Pleurez, enfants, il n'est plus parmi nous : Il chante encor, mais gardé sous leurs armes.

Qu'a-t-il donc fait? Quoi ! ces nobles regrets. Ces vœux ardents que lui seul ose écrire, Au malheur même arrachant un sourire. Servent de voile à des complots secrets? Ah ! dans ses chants écoutez sa belle âme :

là.

Son iiinoceuce ('flate en sa gaîté;

Le temps réserve à ses accords de flamme

Un vaste éclio dans la postéi-ité.

Libres alors, vers le juge inflexible

lis voleront d'amour envii-onnés;

Le temps dira : « Philosophe sensible,

11 eut des pleurs pour les infortunés !

Je les ai vus errants sur l'autre rive*;

Rive d'exil, au triste souvenir :

De Déranger la muse lugitive,

Y vint, prophète, et parla d'avenir.

Son vol léger, son sourire, ses charmes.

Leur adoucit le sol de l'étranger ;

Car sur son aile, où brillaient quelques larmes,

Elle apportait les chants de Béranger.

Us l'écoutaient, et leurs regards avides

D'un ciel aimé revoyaient les couleurs ;

Us s'embrassaient, et dans leurs yeux humides,

L'espoir riait au milieu des douleurs.

Mais le vieillard qui, loin de sa patrie,

D'un pied tremblant traînait les derniers pas.

Disait tout bas d'une voix attendrie:

« Toi qui me plains, je ne te verrai pas! »

Voilà son crime, ô juges de la terre; Son indigence y versa des bienfaits :

Il consola le banni solitaire.

Et dans ses pleurs on trouve ses forfaits. Qui ne tressaille au buiilicur de les lire?

' Bruxelles.

ELEGIES. 17o

Rassurez-vous, on ne peut limiter.

Mais il est pauvre ; ah ! laissez-lui sa lyre !

Mais il est triste; ah! laissez-le chanter!

11 ne croit pas ce que vous semblez croire : Le seul impie a redouté sa voix.

Dieu lui dit : « Cherche! » 11 a trouvé la gloire. Dieu lui dit : « Chante! « Il a chanté ses lois.

Quel vide'afl'reux répond à ma pensée, Elle ressemble aux vains soupii's des flots; Et, fatiguée de sa course glacée, Le tenips s'endort couronné de pavots.

11 est captif!... mais quels cris, quelle joie? Quelle espérance, et quel Dieu nous lenvoie? Libre! est-il libre? 0 mes amis, parlez : Libre! il est libre? G mes larmes, coulez.

Et toi, salut! bruyante renommée!

Tu dis les maux, tu dis aussi les biens. Caresse eucor mon oreille charmée, Répète-nous qu'il n'a plus de liens.

Bonheur à tous ! que le travail s'arrête ! Jouez, enfants, car c'est un jour de fête ; Trêve cliarmante aux maux longs et secrets Qui de mes mains l'ait tomber les cyprès.

La vie est belle, ô mes belles compagnes! Je l'aime encor, j'aime encor les campagnes : J'aime aux fronts purs de riantes couleurs : -Nymphes, dansez! printemps jetez des Jleur> !

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