‹ Poésies de Madame Desbordes-ValmoreChapitre 51 sur 138 · L'EXIL · texte numérisé non relu

L'EXIL

Viens, mon jeune époux, Quittons ce rivage.

Viens ! j'ai du courage, Et te suivre est doux.

Au temps, où tout passe, Confions nos maux:

Il faut peu d'espace Pour un long repos !

Sur ton cœur de père Prends ton premier-né :

Au bonheur, j'espère, Dieu l'a destiné.

Quand l'homme est en proie Au dédain du sort, Son enfant, sa joie, Lui sourit encor!

Laisse-moi mes filles.

Prix de mes douleurs :

Des humbles familles Elles sont les fleurs.

Leur tendre sourire, L'azur de leurs yeux,

Semblent-ils pas dire :

« Nous venons des deux; Nous venons, ma mère.

Pour vous consoler D'une larme amère Que Dieu vit couler.

Si votre couronne Commence à pâlir, La nôtre rayonne Pour vous embellir.

A travers vos peines Dieu sema nos jours, Et ces pures chaînes Vous suivront toujours! »

Quand les hirondelles Affrontent le vent, Leurs petits près d'elles Voltigent souvent...

Quittons ce rivage ; Viens, mon jeune époux !

Viens, j'ai du courage, Et le suivre est doux !

Page 1