L'EXIL
Viens, mon jeune époux, Quittons ce rivage.
Viens ! j'ai du courage, Et te suivre est doux.
Au temps, où tout passe, Confions nos maux:
Il faut peu d'espace Pour un long repos !
Sur ton cœur de père Prends ton premier-né :
Au bonheur, j'espère, Dieu l'a destiné.
Quand l'homme est en proie Au dédain du sort, Son enfant, sa joie, Lui sourit encor!
Laisse-moi mes filles.
Prix de mes douleurs :
Des humbles familles Elles sont les fleurs.
Leur tendre sourire, L'azur de leurs yeux,
Semblent-ils pas dire :
« Nous venons des deux; Nous venons, ma mère.
Pour vous consoler D'une larme amère Que Dieu vit couler.
Si votre couronne Commence à pâlir, La nôtre rayonne Pour vous embellir.
A travers vos peines Dieu sema nos jours, Et ces pures chaînes Vous suivront toujours! »
Quand les hirondelles Affrontent le vent, Leurs petits près d'elles Voltigent souvent...
Quittons ce rivage ; Viens, mon jeune époux !
Viens, j'ai du courage, Et le suivre est doux !