‹ Poésies de Madame Desbordes-ValmoreChapitre 68 sur 138 · LA VEILLÉE DU NÈGRE · texte numérisé non relu

LA VEILLÉE DU NÈGRE

Le soleil de la nuit éclaire la montagne ^ Sur le sable désert faut-il encor rester? Doucement dans mes bras laisse-moi t'emporter; Bon maître, éveille-toi! marchons vers la campagne.

Tes yeux sont clos depuis trois jours :

Maître! dormiras-tu toujours?

L'orage dans son vol a brisé les platanes ;

Le navire sans voile a disparu dans l'eau :

De ton front tout sanglant j'ai lavé le bandeau ;

Marchons, les pauvres noirs t'ouvriront leurs cabanes.

Tes yeux sont clos depuis trois jours :

Maître! dormiras-tu toujours?

.le voudrais deviner ton rêve que j'ignore. Oh ! que ce rêve est long ! finira-t-il demain ? Demain, en l'éveillant, presseras-tu ma main? Oui, je t'appellerai quand j'aurai vu l'aurore.

Tes yeux sont clos depuis trois joints ?

Maître, dormiras-tu toujours?

' Soleil (le In nuit, pxpi'psiîinn ries nègres.

Mais la lueur du jour s'étend sur le rivage, Le flot porte sans bruit la barque du pêcheur ; Viens !.. . Oue ton front est froid ! quelle triste blancheur ! 0 maître ! que ta voix nie rendrait de courage?

Tes yeux sont cios depuis trois jours...

Maître! donniras-tu toujours?

A M. DE BÉRANGKR

Bon captif, la lée Uigaiule A-t-elle oublié vos chants?

JN'est-elle pas assez grande Pour désarmer les méchants?

Vers vous, quoique aussi petite, Un peu tendre, un peu proscrite, Et l'rêle comme un roseau, Je volerais vite, vite.

Si j'étais petit oiseau !

Où se cache l'espérance, Une vous attiriez des cieuxï Longtemps elle a sui' la France Semé vos vers gracieux.

Pour la ramener au gîte Où le puissant qu'elle irrite, Vous cache sous un réseau, Je volerais vite, vite.

Si j'étais petit oiseau !

Que dit la belle maîtresse Qu'on aime à vous voir aimer? Pour l'objet de sa tendresse.

Oh! qu'elle doit s'alarmer!

110 M A NO ES. iOb

Comme au léduit iiuelle liabile, Votre image qui l'agite Tourne autour de son fuseau, Je volerais vite, vite, Si j'étais petit oiseau !

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