LE VER LUISANT
Juin parfumait la nuil, et la nuit transparente N'était qu'un voile frais étendu sur les fleurs : L'insecte lumineux, comme une flamme errante, Jetait avec orgueil ses mobiles lueurs.
« J'éclaire tout, dit-il, et jamais la nature N'a versé tant d'éclat sur une créature. Tous ces vers roturiers qui rampent au grand jour. Celui qui dans la soie enveloppe sa vie, Cette plèbe des champs, dont j'excite l'envie, Me fait i)itié, me nuit dans mon vaste séjour. Nés pour un sort vulgaire et des soins insipides, Immobiles et froids comme en leurs chrysalides, La nuit, sur les gazons, je les vois sommeiller : Moi, lampe aventureuse, au loin on me devine; Étincelle échappée à la source divine ; Je n'apparais que pour briller.
« Sans me brûler, j'allume un phare à l'espérance; De mes jeunes époux il éveille l'amour ; Sur un trône de fleurs, belles de ma présence. J'attire mes sujets, j'illumine ma cour.
l'M CONTES.
« Et ces (eux rrpandiis dans de plus haiiles splières, Ces diamants rangés en phares gracieux ;
C(» sont assurément mes l'réres
Qui se promènent dans les cieux.
Les rois, qui dorment mal, cliarment leur imsomnie A regarder courir ces légers rayons d'or; Au sein de l'éclatante et nocturne liarmonio
C'est moi qu'ils admirent encor :
Leur grandeur en soupire, et rien dans leur couronne N'offre l'éclat vivant dont seul je m'environne. »
Ainsi le petit ver se délectait d'orgueil; Il brillait. Philomèle, à sa flamme attentive,
Interrompt son hymne de deuil
Que le soir rendait plus plaintive.
Jalouse, ou rappelant quelque exilé chéi'i, Mélodieuse encor dans son inquiétude.
Amante de ses pleurs et de la solitude. Elle épuisait son cœur d'un lamentable cri. N'ayant de tout le jour cherché la moindre proie,
Par instinct, sans haine, sans joie, Du phosphore rampant elle suit la lueur
Oui sert de fanal pour l'atteindre; Et, sans même goûter de plaisir à l'éteindre, S'en nourrit, pour chanter plus longtemps sa doulciu'