‹ Poésies de Madame Desbordes-ValmoreChapitre 90 sur 138 · LA SOURIS CHEZ UN JUGE · texte numérisé non relu

LA SOURIS CHEZ UN JUGE

Tiviiiblaiile, prise ;iii piège et respiraiil, à peine, Sortie iniprtulemiuent du maternel séjour, Kèvaul sa dernière lieure au seul Bruit de sa chaîne, Une jeune souris voyait tomber le jour.

Dans le grillage étroit qui la tient prisonnière, A passé d'un tlambeau l'éclatante lumière ; Elle tressaille, écoute : un silence de paix Succède au mouvement qui la glaçait de crainte; Et d'un vieux nuu', caché sous des knnbris è|)ais, On enlend nunniurer celle humble et douce plainte :

« Dans ta belle maison, toi qui rentres content, Quand je me sens mourir de la mort qui m'attend, Redoutable ennemi de tout ce qui respire, Oh! n'étends pas sur moi ton oppressif enijjire! Laisse ton cœur s'ouvrir au cri du malheureux : Hélas ! est^on moins grand pour être généreux ! Laisse-moi boire encor l'air, la douce rosée, Ce bienfait de la nuit, ce céleste présent,

Dont, par un souille humide et bienfaisant.

Chaque malin la terre est arrosée.

Juge, sois juste et rends-moi mes trésors, Un ciel à contempler, ma liberté native :

CONTES. 2r>n

Dieu nio fit de la vio un plaisir sans remords, Toi, lu lu rends sondjre et captive.

« Je suis une souris née au dernier printemps ;

L'été commence. Hélas ! c'est vivre peu de temps.

Viens voir, je porte encor la robe de l'enfance. Le l)Ié nouveau, le riz friand, les noix, Disait ma mère, allaient avant deux mois Enrichir mon adolescence.

Peu m'est assez pourtant; facile à me nourrir,

,1e ne suis pas gourmande, et tout sert au ménage ;

Un grain d'orge suftit aux souris de mon âge, Pour les empêcher de mourir.

« Ne me fais pas mourir! Suis l'exemple d'un sage.

Les souris sans danger visitaient son séjour;

Car ce sage disait: « De nos âmes un jour

« Le sein des animaux peut-être est le passage,

« Tout est possible à Dieu, l'impossible est son bien ;

« Si par lui l'homme est tout, par lui l'homme n'est rien.

(I Grâce donc! criait-il aux hommes en colère,

a Muets pour la clémence et sourds à la prière.

« Grâce ! oubliez un peu les mots glaive, trépas ;

« Régnez sur le plus faible et ne le tuez pas !

« La colombe au cœur tendre, à la plume argentée,

u Peut-être est une amante aux forêts arrêtée

« Par le doux souvenir d'un amour malheureux ;

« On croit le deviner à son chant douloureux.

« Qui sait si la souris n'est pas la jeune fdle

« Frappée, en folâtrant au sein de sa famille,

M Et qui tombe immobile en courant dans les fleurs :

« Car, pour un peu de miel, que d'absinthe et de pleurs ! »

giiC CONTES.

« Kiifin, ^i aui part de la vio

N'est que le rayon passager Du jour que mou cachot me dérobe et m'euvie, Ce don si l'ugitil', daigne le ménager! Vivre, c'est vivre enfin, et le néant m'alarnie; Cette crainte au méchant coûte au moins une larme. Juge de son iiurirur pour un cœur tout amuiu'. Et, si loin de la nuit, ne m'éteins pas le jour! Faut-il te dire tout? Je veux devenir mère. Laisse-moi donc revoir, dans ma douleur amère, Un ami de mon âge, imprudent comme moi, Qui pour me délivrer s'élancerait vers toi. S'il avait de mon sort la triste confidence. Je lui dirais en vain: Sauvez-vous! il viendrait. L'amour au désespoir connail-il la prudence? II rongerait mes fers, ou bien il me suivrait.

« J'ai dit l'amour: tu le connais, peut-être?

Béni soit Dieu! car l'amour est humain. Oui, je retrouverai la moitié de mon être,

Et je serai libre demain ! Oui, tu sais que l'amour console la nature. Qu'il jette au prisonnier des rêves gracieux. Qu'il souffle à son oreille un chant délicieux. Et que même au coupable il sauve la torture. Et je suis à genoux... et je tremble.... et j'attends... Homme, pour te tléchir qu'il faut parler longtemps!

« Un jour (que cet aveu m'en obtienne la grâce), J'avais salué l'aube et ton premier repas. Lorsqu'un bruit, plus léger que le bruit de mes pas. M'avertit qu'en secret quelqu'un cherchait ta trace.

COTES. o-;

Ta voix devint alurs plus doucf do moitié;

Celle qui répondait me parut suppliante,

Kt, si je ne m'abuse, à la tendre pitié

Tu donnas plus d'une heure, ou l'heure était hion lente

Le bruit cessa, j'entrai. Les débris d'un festin

.M'invitaient à la table enlin abandonnée;

El sur ma vie un moment fortuné*'.

J'entendis éclater le rire du destin, bans ces lieux trop aimés, qu'à présent je déteste, J'ai vu, j'ai respecté la boucle de cheveux. Tombés d'un front charmant pour enchaîner les vo:ux : lis ne sont pas les tiens, leur couleur me l'atteste.

Les liens souples et dorés.

Ces doux aveux, ces feuillets roses.

Les rubans embaumés dont ces lettres sont closes, K'ont pas séduit mes sens de langueur enivrés. J'ai respiré de loin la cire parfumée, (jiii scella, j'en suis sûre, un secret qui t'est cher : Le hasard me l'apprit sans m'en être informée; Je courais, j'étais libre... hélas ! c'était hier!

« Tu sommeillais peut-être, et, plus vive que sage,

Au pied de ces rideaux que je baigne de pleurs.

J'aperçus, ne crains pas que je le dise ailleurs.

Un soulier trop petit pour être à ton usage :

Je m'y blottis joyeuse et je le fis courir.

Je traînais en riant cette maison mobile.

Dont les dehors, ornés par quelque main habile, •

M'enflaient d'un peu d'orgueil, et l'orgueil fait mourir :

Car depuis ce moment, éveillé par la haine.

Tu m'élevas dans l'ombre une affreuse prison.

Innocente souris, pour m'écraser sans peine,

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Uji lioiiiiiu' est descendu jusqu'à la Iraliison ! Non, ne m'écrase pas! et, si ma peur te touche, Oue l'accent du pardon s'échappe tle ta l)ouche ! 11 est dieu, leur dirai-je, il m"a donné des jours! Ton toit sera béni, ton nom vivra toujours, Et toujours de beaux yeux aimeront à le lire. Et si jamais ton cœur, brûlé d'un saint délir(\

A langui pour la liberté, Qu'elle se donne à toi dans toute sa beaulé!

Que sur ta sereine carrière Elle épanche à flots purs sa tranquille lumière; Qu'elle trace à ta vie un facile sentier. Et te sème de fleurs un siècle tout entier! »

Elle se tut. Le juye alors: « Eh! vite! Elle est au piège, hàtez-vous d'accourir : Étouffez-la, cette pauvre petite; Je n'aime pas à voir souffrir. »

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