Poésies de Malherbe
l\X AI. HERBE et Balzac sont les pFCinlers de nos écrivïiins , l'un en vers , l'autre en prose , qui ont le plus contribué à perfectionner notre langue. Rous.ird, par une imitation servile des formes grecques et latines, avoit fait de l'idiome de Montaigne et d'Amyot un langage pédantesque. Malherbe sut donnera notre versilication le caractère qui lui couvenoit, en l'assujettissant aux règles d'une élocution douce , élégante et facile. Il rectifia le goût de nos écrivains , et prépara ce beau siècle do Louis XIV qui a rendu la France si féconde ea hommes de génie : ^;e qui fit dire à Roileau :
Enfin Malherbe vint, et, le premier en France, Fit sentir dans les vers une juste cadence, D'un mot mis en sa place enseigna le pouvoir, Et réduisit la muse aux règles du devoir. Par ce sage écrivain la langue réparée N'offrit plus rien de rude à l'oreille épurée; Les stances avec grâce apprirent à tomber , Et le vers sui- le vers n'osa plus enjamber.
vj NOTICE SUR LA VIE
Tout recomiut ses lois, et ce guide fidèle Aux auteurs de ce temps sert encor de modèle. Marchez donc sur ses pas ; aimez sa pureté , Et de son tour heureux imite/, la clarté.
Malherbe travailloit diflicilement. Son goût, rendu sévcre par ano étude approfondie de son art , semble l'avoir éloigné de ce qu'on appelle les fictions poétiques ; à moins qu'on n'attribue cet éloigneraent à son peu d'imagination , défaut que lui reprochent ses critiques les plus éclairés.
Ses premiers ouvrages ne l'élevent pas beaucoup au-dessus des écrivains de son siècle. Le succès de sa pièce intitulée, les Larmes de saint Pierre , dut bien l'étomier, quand il eut mis au jour l'ode , Donc un nouveau labeur.^ etc. Quelle immense carrière il avoit parcourue !
Pour ceux qui aiment à suivre les progrès de son génie, l'on a eu soin, en distribuant ses poésies en différents livres , d'indiquer dans une table chronologique les époques où la tradition nous apprend qu'elles furent composées ou mises au jour.
Ce n'est point le génie à son aurore ni à son couchant qu'il faut juger, mais lorsqu'arrivé à son plus haut degré d'élévation il s'ouvre une nouvelle carrière, et laisse bien loin derrière lui ses contempo. rains. Il faut le voir de son point de départ, l'envisager à la hauteur où il s'est élevé , et le comparer avec L;s rivaux qui l'ont précédé ou suivi.
ET LES OUVRAGES DE MALHERBE. vij « Les ouvrages de Malherbe, dit l'auteur de sa \ie «t qu'on trouve dans les Annales poétiques , tome « XIII, ont appris à Rousseau à le surpasser luia même : mais il eût peut-être été plus loin que ce « dernier, s'il eût pu, comme lui, consacrer à perfec- « tionner son génie un temps qu'il fut obligé d'em- « ployer à créer son art.
« Avant lui nos meilleurs poètes avoient du génie Il et une vaste érudition ; le goût leur étoit absoluu ment étranger. C'est Malherbe qui , dans un siècle a où la versification ctoit encore si informe , et dans ï le genre de poésie le plus difficile sans doute après « le poème épique, donna le premier aux muses fran- K çoises cette sublimité d'idées , cette clarté et cette ï richesse d'expression , ces mouvements variés de « l'éloquence poétique , cet heureux mélange d'images « et de sentiments , et sur -tout cette harmonie conti- « nue, si nécessaire à la poésie, ouplutôt sans laquelle c la poésie n'existe point. C'est parcequ'il aimoit et « qu'il connoissoit les effets harmonieux qu'il se a lit une loi de la richesse des rimes , persuadé « qu'elle ajoute à l'harmonie , et que l'harmonie ■ ,^ est essentielle, sur-tout à la poésie lyrique. C'est un ^9 secret que n'ignoroit point Rousseau , qui par-là sut " « ajouter à la mélodie de son style. On peut même lui «faire un reproche que n'a point mérité Malherbe; «c'est d'avoir sacrifié quelquefois la propriété de « l'expression à la richesse de la rime.
viij INOTICE SUR LA VU^:
« Un aiilre Jivautage de MaUierlu; sur son rival, « avanla<;e qu'il doit peut-être ;\ un reste de uaivete « que nos premiers poëtcs avaient transmis à son «siècle, c'est qu'il a plus de grâce dans son style, « comme Rousseau a une énergie et une noblesse pins <i soutenues. »
Mallierbe a donc créé la langue des poètes franwis. On trouvoit chez lui une école de bon goût et de lillératuro où venoient quelques amis qui s'honoroient du titre de ses disciples. Les plus coniius furent Coloraby, qu'il ne trouvoit point propre à la poésie ; Maynard, celui de tous qui, à sou avis, savoit le mieux, faire des vers , mais qui manquoil de ibrec : et Racan, à (pii il ne manquoit (jue de travailler un peu plus les siens.
(!e (jue llacau nous apprend des noies criliques de la main de iNlallierbe, trouvées sur un exemplaire de Desportes, prouve la sévérité delà doeirine de soii maitre , et la finesse de sou goùf.
Ou ne répétera brièvement sur sa vie que le jx ii d'anecdotes transmises par s^-s contemporains, qui jieuveat le plus servir à la coiuioissance de sa personne et de son caractère. Il est rare qu'un homm;de génie n'ait point quelque ori:;inalilé piquante qui sert à le distinguer du commun des hommes de sou siècle. Qnant à son esprit , le lecteur le retrouve mieux dans ses ouvr.'îges (|mc ilans un éloge.
ET LES OUVB.AGES DE MALHERBE. ix François de Malherbe étoit né à Caen, vers Tau i5jJ. II étoit de la maison de Malherbe S.-Aif[Daa qui suivit en Angleterre l'année de Kobert III, duc de Normandie. Le père de Malherbe, réduit par sa foi'tune à être assesseur de Caen, embrassa la religion réformée avant de mourir. Son iils en fut très affligé. II n'a voit alors que 19 ans. Plus avancé en âge, peutêtre cùt-il été moins sensible à ce changement de son père. On voit par plusieurs de ses bons mots et par quelques traits de sa vie qu'il tenoit peu aux préjugés ds son siècle , et qu'il ne leur donnoit d'autre importance que celle que tout homme sage doit aux bienséances de la société. Toutefois le chagrin qu'eut notre poëte de cette abjuration le fît partir pou-r la Provence, oîi il suivit le grand prieur, Henri d'Angoulème ,iils naturel de Henri II.
Pendant qu'il étoit attaché à ce prince, qui fut tué à Aix en i585, il épousa Magdeleine de Coriolis , fille d'un président et veuve d'un conseiller au parlement d'Aix. Il en eut plusieurs enfants, auxquels il eut le malheur de survivre. Une de ses filles mourut de la peste entre ses bras. Il perdit un fils tué en duel par de Piles l'an 1(127. Il en fut si douloureusement affecté , qu'il se rendit exprès au siège de la Rochelle pour demander justice au roi.
N'ayant pu l'obtenir , il résolut de se battre contre l'assassin. Ses amis lui représentant que la partie u ctoit pas é{^aîe eutre un vieillard de soixante-douze