‹ Poésies de MalherbeChapitre 2 sur 45 · X NOTICE SUR LA VIE · texte numérisé non relu

X NOTICE SUR LA VIE

ans et un jeuae bomine tle vingf-ciiiq , Cesl pour <<-la ({U'j je veux iiis battre , réponiiit-il , je m; hasarde (ju'un ilenier contre nue pislole.

Ce (ils paroU avoir mérité les ret'rets de son père. 11 a voit du talent pour la poésie. Ses vers, où fou trouvoit du feu et de l'imapinatiou, ne sont point parvenus jusqu'à nous.

Malherbe perdit sa niere vers l'an i6i5, dans un âge fort avancé. Il avoit lui-même alors soixante ans. La reine mère, à cette occasion, lui cnvova un "ijentilhonirae , â qui, pour remerciement, il dit « Qu'il ne pouvoit se revanclîer de l' honneur que u lui faisoit !a reine, qu'en priant Dieu que le roi son K (ils pleur.il sa mort aussi vieux qu'il plenroit celle u de sa merc. "

Quelques traits de sa vie militaire, rapportés dans 1rs mémoires de Jlacau , prouvent qu'il avoit de la biavoure. Pendant la liyuc, lui et le nommé de la Houille, qui avoit été comme lui gentilhomme du dm- «i'Angoulème, poussèrent si vivement IM. de Suliv l'espace de deux ou troi» lieues, f[uc ce ministre eu £j.irda toujours du ressentiment contre Alalherbe, < t nuisit beaucoup à la fortune qiu: scnd^loit lui promettre l'estime de Henri IV.

(/ode qu'adressa notre poëte à Marie de Médieis sur .son arrivée en France lui avoit fait la plu?, prande répulatlon. Henri IV ayant un jour demande nu cardinal du l'irron s'il lU- f.iisuil plus de vers , le

ET LES OUVRAGES DE MALHERP.E. s j cardinal lai lépontlit « Que depuis que sa majesté lui .. faisoit l'honneur de l'eiuplover dans ses affaires , il o avoit abandonné cel. exercice , et que d'ailleurs il ne .< falloit plus que qui que ce soit s'en mêlât après du '< £;entilliomrac de Normandie . établi en Provence , «nommé Malherbe, qiri avoit porté la poésie frnn- " eoise à un si haut point que personne n'en pouvoil '< jamais approcher ". Le roi retint le nom de Malherbe, qui ne vint à la cour que ti'ois ou quatre ans après , quand ses affaires particulières l'eurent amené à Paris en i6o5.

Au retour d'un voyage que le roi fit dans le Limousin , Malherbe lui présenta les stances qui commencent , O Dieu , dont les honté.t de nos. larmes touchées , etc. Ce fut le ^irélude de sa faveur. Il eut bientôt le titre de gentilhomme ordinaire de la chambre du roi, une pension de mille livres du duc de Rellegarde , qui le logea chez lui, l'admit à sa lable, et lui entretint un domestique et un cheval. Il fit chez le grand écuyer la connoissance de Racan alors page de la chambre du roi. Le goût de celui-ci pour les vers l'attacha à Malherbe , qui cultiva ses heureuses dispositions ; et l'amitié qu'il* contractèrent , malgré la disproportion de l'âge , dura sans altération entre le maître et le disciple jusqu'à la mort du premier.

Malgré la considération dont Malherbe jouissoit à la cour, Heur; lY , pour qui il faisoit dr>s

Jj NOTICE SUR LA TIE

pièces galantes sous le nom d'Alcandre , ne paroît pas l'avoir élevé au-dessus de cette heureuse médiocrité qu'Horace appelle le trésor du sage. Auguste ne faisoit point faire à Vi»-gile ni à Horace des vers pour ses maîtresses , mais réoonipcnsoit mieux que Henri IV les louanges qu'ils lui tidu'ssoient.

Racan nous dit que son maître logeoit ordinairement en chambre garnie , qu'il étoit assez mal meublé , et qu'il n'avoit que sept à huit chaises de jiaille. Lorsqu'ellrs éto:i':it m-cupées , s'il lui surveuoit quelqu'un, il crloit à travers la porte, Attentiez ; il n'y a plus de chaises.

Ceux qui l'ont connn particulièrement attestent qu'il étoit plein de franchise et d'honnêteté clans le commerce ordinaire de la vie, (jnoi(|ue vif et brus- (|ue par caractère , et même v.u peu sujet à la misanlliropie. Il disoit des femmes , qu'en général il aimoit beaucoup , « Dieu , qui s'est repenti d'avoir fait " l'homme , ne s'est jamais repenti d'avoir fait la « femme. »

S'il n'avoit des hommes qu'une opinion médiocie, ce méjuis ne lui seroit-il pas venu de sou commerce habituel avec les grands .i" D'ailleurs dans quel siecio a-l-il \cc\\ ;' Dans un temps orageux où la société dissoute avoit vu toutes les passions humaines déchaînée."» faire de la l'rance entière un ihéàfrc de carnage rt de discorde. ï,c peujjle comballoil ])()iir

ET LES OUVRAGES DE MALHERBE. xiij sa liberté : les prêtres et les grantls l'égaroient par le fanatisme pour le ramener à la servitude.

L'esprit public s'étoit corrompu à tel point que les plus sages , au lieu de sonj^fcr à !a liberté de leur patrie, ne s'occupoicnt qu'à la tirer de l'abvrae de maux où l'avoient plouirée les guerres civiles. La l'Vance dévastf'f^ avolt besoin de se reposer sous un maître : Henri IV i-égna.

Malherbe, tout en flattant ce prince qui avoit des qualités aimables , ne laissoil pas de conserver un reste de fierté républicaine qu i ne fut entièrement abattue que sous Louis "SIV. il n'est donc pas surprenant que ce poëte n'ait Jamais pu acquérir cette souplesse de courtisan qui se familiarise avec tous les vices, et s'en fait des moyens de fortune. Quelques unes de ses reparties prouvent qu'il n'étoit pas dope des grands qu'il louoit dans ses vers.

Une princesse de Condé, dans la prison où étoit son mari, y étant accouchée de deux enfants morts, un conseiller du parlement de Provence regrettoit beaucoup la perte que l'état faisoit de deux princes du sang : « Eh ! monsieur, lui dit Malherbe, conso- « lez-vous, vous ne manquerez jamais de maître, n

Quelque temps après la mort du maréchal d'Ancre, notre poëte allant un matin rendre visite à !a duchesse de Rellegarde, on lui dit qu'elle étoit allée à la messe. « A la messe ! répondit-il : que diantre « peut-elle demander à Dieu , après qu'il nous a <lé-

s.iv NOTICE Rl'R LA VIE

■< livrés ilu luaréclial d'Ancre? »

L'archevêque de llouen , de Harlav . pour lui faire entendre un de ses sermons, le retint à dinei-. Mallierbe s'endormit au sortir de table. Ce prélat le faisant réveiller pour le mener au sermon, il le pria de l'eu dispenser, attendu qu'il dormiroit bien sans ceUi.

Il ne connoissoit point l'art de ménager l'amourjiroprc. Un de ses neveux le \euaiit \o\v à la sortie i\ii collège, oùilavoit passé neuf ans , il lui demanda ce qu'il savoit ; et lui ouvrant nu Ovide, le jeune lioinme s'embarrassa dès la première phrase. « IVîon '< neveu , croyez-moi , lui dit-il , soyez brave , vous « ne valez rien à autre chose. »

Un homme de robe et de condition lui montrant des vers faits pour une fenuue , Malherljc , après les a%'oir 1ns , lui demanda s'il avoit été condamné à être pendu ou à faire ces vers-là.

Les mauvais vers des jirinces ne lui en iniposoieut pas davantag<'. 11 dit un joui à son j)rot<'cteur . le duc d'Angouh''nie, (jui lui en niontroit de sa façon, « Qu'il falloil les supprimer, parcequ'il n'étoit pas ■« convenable à un prince de donuer un ou\ rage à « moius qu'il ne fût parfait. >.

A\cc le goût d'un peu de causticité, il dut souvent se faire des ennenu's , sur-tout paj-nii ses confrères les poêles ; nation légère, mais d'immeni' Irrs irritable quand on n .idniire point assez ses \ers.

ET LES OUVRAGES DE MALHEE.BE. xv I! ne paroît pas qu'il se fùl rendu familiers It-s i)oètcs grecs, qu'il estima!, beaucoup Pindare , dont les odes lui sembJoieat du galimatias. A l'égard des latins., il aimoit Stace, Séneque !e tragique, Juvé- Tial, Ovide , Martial , sur-tout Horace , qu'il a])peloit son bréviaire. Sans se piquer d'érudition, il s'étoit fait une étude continuelle de sa langue , cl ne s'occupoit qu'à la débarrasser du jargon barbare dis poêles ses de\auciers et ses coutemporains. Henri IV parloit sa langue gasconne ; ou se doute bien que tous les courtisans dévoient la parler. Pour les dégasconniser , Malherbe reprenoit librement ju.sr ((u'aux princes mêmes. Aussi J'appeloit-on le tyrau des mots et des syllabes.

II défendit jusqu'à la mort le purisme qu'il avoit toujours professé. Une heure avaut de mourir, ii|)iès une espèce d'agonie, il se réveilla comme en sursaut pour reprendre sa garde sur un mot qui lui choquoit l'oreille. Son confesseur l'ayant repris de sa vivacité ; « Monsieur , répondit Malherbe , je .< d. fendrai jusqn'au dernier soupir la pureté de la « langue fraucoise. »

Le confesseur lui-même lui représentant le bon- Ik-ut de l'autre vie d'une manière peu éloquente, et lui demandant s'il ne sentoit pas uu grand désir de jouir bientôt de cette félicité; Malherbe lui répondit, et Ne m'en parle/, plus , votre mauvais style o m'en dégoûte. »

xvj NOTICE SUR LA YIE

Dans iiu siècle fanatisé par les piètres , Malherlxj)aioit avoir eu jusqu'à sa mort assez de pliilosoplilc j)Oiu' s'être garanti depuis Vàn^c de raison des préjuf^és religieux qui avoient dissous tous les liens nalurels de la société. A la sollicitation de ses amis , il remplit tous les devoirs d'usage exigés des mourants dans l'église calliolique.

[| mourut à Paris l'an 1628 , et fut inhumé dans le;; lise do S.-Germain'l'Auxerrois.

Le premier de nos poètes lyriques , il fut aussi tout à-la-fois bou lils, bon père, bon mari, bon aiui , boa maître, et excellent citoyen. Il n'eut d'aU' tr.i ambition que la gloire littéraire ; que cependant il savoit apprécier , en disant « Qu'il y avoil de Ja « sottise à faire un métier de la poésie ; qu'on n'eu K devoit point espérer d'autre récompense que son « plaisir; qu'enfin un bon poêle n'étoit j)as plus « utile à l'état qu'un bon joueur de quilles. »

Hùl-il pensé de nu'mc, si le langage poétique, qui ne servoit de sou tem|>s qu'à cadencer des riens inutiles , eût , à l'aide d'une raison éloquente, montré sur la scène le danger des passions , étalé dans des vers harmonieux des maximes utiles , poursuivi, comme Voltaire, dans ses ouvrages légers ou sérieux, tons les préjugés funestes au bonheur d(! l'humanité:' Sans doute il eut regardé la ])oésie comme un art précieux , comme une des plus grandes jinissances du génie , la j)lus propre à pcrfeciionucr l'art so-

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cial , eu aiuélioraut le goût et les mœurs.

Quoique sa noblesse date de plus loin que celle de Mouîaigne, cependant, jdus pliilosopbe que lui , il en tiroit peu de vanité, et ne la lit pas même servir à sa fortune. Malgré les préjugés de sa caste , il ne crut pas que l'ignorance fût un titre pour briguer les hautes dignités, ni qu'elle lui donnât le droit de mépriser les lettres et ceux qui les cultivent. Son iiutn nous ' seroit-il encore cher, s'il avoit fait plus de cas de la noblesse des parcliemins que de celle du génie ? Il disoit souvent à Racan « Que c'étoit une i< folie de vanter sa noblesse; que plus elle étoit an- « cieune , plus elle étoit douteuse ; qu'il ne falloil il ([u'une .Iulie pour pervertir le sang des Césars.»

Comme noble , le nom de Malherbe seroit déjà oublié ; mais comme poëte il nous intéresse. Nous aimons à connoitre sa personne et son caractère. Ce que nous en avons pu recueillir suffira pour l'offrir à la postérité tel que l'ont vu ses contemporains. Ses ouvrages feront apprécier son génie , en ne le jugeant que d'après les obstacles qu'il eut à vaincre , d'après les obligations que lui aura éternellement notre langue.

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