A M. DE LA GARDE
au sujet de son Histoire Saiute.
-L/AG A.RD E , tes doctes écrits Montrent les soins que tu as pris A savoir tant de belles choses ; Et ta prestance et tes discours Etalent un heureux concours De toutes les grâces écloses.
Davantage tes actions
Caj)tiveut les af/ictlous
Dfs coeurs , des yeux , et des oreilles :
î''orçant les personnes d'houneur
De te souhailer tout bonheur
Pour tes qualités nonipareilles.
Ta sais bien que je suis de ceux
Qui ne sont j aniais paresseux
A louer les vertus des hommes ;
Et dans Paris en mes vieux ans
Je passe à ce devoir mon temps,
Au mallienreux siècle où nous sommes.
Mais , las ! la perte de mon fils , Ses assassins d"org;ueil bouffis , Ont toute ma vigueur ^a^ ie ; L'ingratitude et peu de soin Que montrent les grands au besoin De douleurs accablent ma vie.
Je ne désiste pas pourtant D'être dans moi-même content D'avoir vécu dedans le monde , Prisé , quoique vieil , abattu , Des gens de bien et de vertu ; Et voilà le bien qui m'abonde.
Nos Jours passent comme le vent; Les plaisirs nous vont décevant; Et toutes les faveurs humaines Sont hémérocalles , d'un jour :
Grandeurs , richesses , et l'amour, Sont fleurs périssables et vaines.
Nous avons tant perdu d'amis , Et de biens par le sort transmis Au pouvoir de nos adversaires .' Néanmoins nous voyons, du port , D'autrui les débris et la mort.
En nous éloignant des corsaires.
Ainsi puissions nous \ oir long-temps
Nos esprits libres et contents Sous l'influence d'un Lon astre !
Que vive et meure qui voudra :
La constance nous résoudra Contre l'effort de tout désastre.
Le soldat, remis par son chef, Pour se garantir de méclief , En état de faire sa garde , N'oseroit pas en déloger Sans congé , pour se soulager , Nonobstant que trop il lui tarde.
Car, s'il procédoit autrement , Il seroit puni promptement Aux dépens de sa propre vie.
Le parfait chrétien tout ainsi , Créé pour obéir aussi , Y tient sa fortune asser\ le.
Il ne doit pas quitter ce lieu Ordonné par la loi de Dieu ; Car l'ame qui lui est transmise Félonne ne doit pas fuir Pour .sa damnation encourir , Kt être enl'E.ebe remise.
Désolé je tiens ce propos ,
Voyant approcher Atropos
Pour couper le nœud de ma traïue :
Va ne puis ni veux l'éviter,
Moins aussi la précipiter ;
Car Dieu seul commande à mon ame.
Non, Malherbe n'est pas de ceux Que l'esprit d'enfer a déceus
Pour acquérir !a rcnoiuiut'e De s'être affrauchis de prison Par une laine, ou jjar poison , Ou par une rage animée.
Aa seul point que Dieu prescrira
Mon anie du corps partira
Sans contraiirte ni violence;
De l'enfer les tentations ,
]Ni toutes mes alilictions,
Ne forceront point ma constance.
]Mais , la Garde , voyez comment On se disva;i;ue doucement , lit comme notre esj)rit agrée De s'entretenir près et loin, Encor qu'il n'<'n soit pas besoin, Avec l'objet qui le récrée.
.l'avois rais la pUinic à la main
Avec riiouorablc dessein
De louer votre sainte Histoire :
Mais l'amitié que je vous dois
Par-delà ce que je voulois
A fait débaucher ma mémoire.
Vous m'étiez présent à l'esprit Eu voulant tracer cet écrit; Et me sembloit vous voir paroître Brave et galant en cette cour, Oîilesplns huppés à leur tour Tàchoient de vous voir ctconnoître.
Mais ores à moi revenu, (lonime d'un doux songe avetui Qui tous nos seutimculs cajole,
ODES. Te veux vous dire franchement, Et de ma façon librement, Que votre Histoire est une école.
Pour moi, dans ce que j'en ai veu ,
J'assure qu'elle aura l'aveu
De tout excellent personnage :
Et, puisque Malherbe le dit ,
Cela sera sans contredit ;
Car c'est un très juste présage.
Toute la France sait fort bien Que je n'estime ou reprends rien Que par raison et par bon titre , Et que les doctes de mon temps Ont toujours été très contents De m'élire pour leur arbitre.
La Garde , vous m'en croirez donc ,
Que si gentilhomme fut onc
Digue d'éternelle mémoire.
Par vos vertus vous le serez ,
Et votre los rehausserez
Par votre docte et sainte Histoire.
FRAGMENT
Tantôt nos navires , braves De la dépouille d'Alger , Viendront les Mores esclaves A Marseille décharger; Tantôt , riches de la perte
De Tunis et de Riserte , Sur nos bords étaleront Le coton pris en leurs rives , Que leurs puceljes captives En nos maisons llleront.
FRAGMENT
l'iN D'UNE ODE POUR LE ROL
Je veux croire que la Seine Aura des cygnes alors Qui pour toi seront en peine De faire quelques efforts :
Mais , vu le nom que me donne Tout ce que ma lyre sonne, Quelle sera la hauteur De l'hymne de ta victoire.
Quand elle aura cette gloire Que Malherbe en soit l'auteur .'
FRAGMENT