A MADAME LA PRINCESSE DOUAIRIERE
pour l'inviter à revenir de Provence à Paris . l6o5.
\} u o I donc .' grande princesse en la ferre adorée , Et que même le ciel est contraint d'admirer , Vous avez résolu de nous voir demeurer Eu uue obscurité d'éternelle durée?
La flamme de vos yeux, dont la cour éclairée A vos rares vertus ne peut rien préférer. Ne se lasse donc point de nous désespérer , Et d'abuser les vœux dont elle est désirée ?
Vous êtes en des lieux où les champs toujours vertU, Pour ce qu'ils n'ont jamais que de tiedes hivers , Semblent en apparence avoir quelque mérite :
Mais si c'est pour cela que vous causez nos pleurs , Cerament faites-vous cas de chose si petite, Vous de qui chaque pas fait naître mille fleurs?
AU ROI HElNRI LE GRAIND.
J E le connois , Destins , vous avez arrêté Qu'aux deux fils de mon roi se partage la tcnc,
Et qa'après le trépas ce miracle de guerre Soit encore effroyable en sa postérité.
Leur courage , aussi grand que leur prospérité, Tons les forts orgueilleux brisera comme verre . Et qui de leurs combats attendra le tonnerre Aura le châtiment de sa témérité.
Le cercle imaginé qui de même intervalle
Du nord et du midi les distances égale
De pareille grandeur bornera leur pouvoir.
Mais étant fils d'un père où tant de gloire abonde, Pardonnez-moi , Destins, quoi qu'ils puissent avoir. Vous ne leur donnez rien s'ils n'ont chacun un monde.
AU ROI HENRI LE GRAND
1607 ou 1608.
IVloN Roi, s'il est ainsi que des choses futures L'école d'Apollon apprend la vérité , Quel ordre merveilleux de belles aventures Va combler de lauriers votre postérité .'
Que vos jeunes lions vont amasser de proie, Soit qu'aux rives du Tage ils portent leurs comhals, Soit que, de l'Orient mettant l'empire bas. Ils veuillent rebâtir les murailles de Troie l
Ils seront malheureux seulement en un poiul ; C'est que, si leur courage à leur fortune joint Avoit assuj'elti l'un et l'autre hémisphère,
Votre gloire est si grande eu la bouche de ions ., Que toujours on dira qu'ils ne j)Ouvoient n>oinsfaire Puisqu'ils avoieut l'honneur d'être sortis de ^ ous.
A M. DE FLUPlANCE,
sur sou livre de l'Art d'embellir.
Voyant ma Caliste si belle Que l'on n'y peut rien désirer, .le ne me jiouvois figurer Que ce fût chose naturelle.
J'ignorois que ce pou voit être Qui lui coloroit ce beau teint Où l'Aurore même n'atteint Quand elle commence de naître.
Mais, Flurance , ton docte écrit M'ayant fait voir qu'un bel esprit Est la cause d'un beau visage ,
Ce ne m'est pins de nouveauté , Puisqu'elle est parfaitement sage, Qu'elle soit pariaite en beauté.
sur l'abseace de la vicomlesse d'Aocbi.
y9 u E L astre inalheareux ma fortune a Làlie , A quelles dures lois m'a le ciel attaché , Que l'extrême regret ne m'ait point empêché De me laisser résoudre à cette départie?
Quelle sorte d'ennuis fut jamais ressentie Egale au déplaisir dont j'ai l'esprit louché ? Qui jamais vit coupable expier son péché D'une douleur si forte et si peu divertie ?
On doute en quelle part est le funeste lieu Que réserve aux damnés la justice de Dieu , Et de beaucoup d'avis la dispute en est pleiue :
Mais, sans être savant et sans philoso^jher , Amour en soit loué , je n'en suis point en peine ; Où Caliste n'est point , c'est là qu'est mon enfer.
pour la même.
X L n'est rien de si beau comme Caliste csl belle, C'est une œuvre où nature a fait tous ses clfoi Is;
i-S LIVRE IV.
Et notre âge est ingrat qui voit tant de trésors,
S'il n' élevé à sa gloire une marque éternelle.
La clarté de son teint n'est pas chose mortelle : Le baume est en sa bouclie, et les roses dehors ; Sa parole et sa voix ressuscitent les morts , Et l'art n'égale point sa douceur naturelle.
La blancheur de sa gorge éblouit les regards ; Amour est en ses yeux, il y trempe ses dards , Et la fait reconnoître un miracle visible.
En ce nombre infini de grâces et d'appas ,
Qu'eu dis-tu, ma raison .'' crois-tu qu'il soit possible
D'avoir du jugement, et ne l'adorer pas.>*
pour la même.
i ) F. V iJ T K , de qui la grâce étonne la nature , Il faut donc que je cède à l'injure du sort, Que je vous abandonne, et, loin de votre port , M'en aille au gré du vent suivre mou aventure .'
Il n'est ennui si grand que celui que j'endure ; Et la seule raison qui m'empêche la mort, C.'estle doute que j'ai que c<; dernier effort Ne fût mal employé pour une ame si dure.
Calislc,oii pensez-vous i' qu'avez-vous entrepris? Vous résoudrez-TOUs point à borner ce mépris Qui de ma patience indignement se joue;'
Mais , o lie mon erreur l'étrange nouveauté ! .Te vous souhaite cîoace, et toutefois j'avoue Que je dois mon salut à votre cruauté.
fait à Fontaiiie-Bleau, sur l'abseuce Je la môme.
iJ F. AUX et grands bâtiments d'éternelle strnctiue, Superbes de matière et d'ouvrages divers , Où le plus digne roi qui soit en l'univers Aux miracles de l'art fait céder la nature :
Beau parc et beaux jardins qui, dans votre clôture, Avez toujours des fleurs et des ombrages verds , Non sans quelque démon qui défend aux bivers D'en effacer jamais l'agréable peinture:
Lieux qui donnez aux cœurs tant d'aimables désirs, r>ois, fontaines, canaux, si parmi vos plaisirs Mon humeur est chagrine et mon visage triste ,
Ce n'est point qu'en effet vous n'ayez des appas ; Mais, quoi que vous ayez, vous n'avez point Caliste, Et moi je ne vois rien quand je ne la vois pas.
i;^ LIVRE IV.
sur le même sujet que le précédent.