ODES. -XI
Et de qui le cerveau léf^er, Quelque service qu'où leur fasse , JNe se peut jamais obliger.
La vertu, qui de leur étude
Est le fruit le plus précieux ,
Sur tous les actes vicieux
Leur fait hau- l'ingratitude ;
Et les agréables chansons ,
Par qui leurs doctes nourrissons
Savent charmer les destinées,
Récompeuseut un bon accueil
De louanges que les années
Ne mettent point dans le cercueil.
Les tiennes , par moi publiées ,
.Te le jure sur les autels ,
En la mémoire de.s mortels
Ne seront jamais oubliées ;
Et l'éterrùté que promet
La montagne au double sommet
N'est que mensonge et que fumée,
On je rendrai cet univers
/Imoureux de ta renommée ,
Autant que tu l'es de mes vers.
Comme, eu cueillant une guirlande , L'homme est d'autant plus travaillé Que le parterre est émaillé D'une diversité plus grande ; Tant de fleurs de tant de côtés Faisant paroîtrc en leurs beautés L'artifice de la nature, Il tient suspendu son désir, Et ne sait en cette peinture ÎNi que laisser, ni que choisir;
a8 LIVRE I.
Ainsi, quand , pressé de la hc.iite Dont nie fait rougir mon devoir, .le veux une oeuvre concevoir Qui pour toi les âges surmonte , Tu me tiens les sens enchantes De tant de rares qualités Où brille un excès de lumière , Que plus je m'arrête à penser Laquelle sera la première , Moins je sais par où commencer.
Si nommer en son parentagc Une longue suite d'aïeux Que la gloire a mis dans les cieux Est réputé grand avantage, De qui n'est-il point reconnu Que toujours les tiens ont tenu Les charges les j)lus honorable»
Dont le mérite et la raison , Quand les destins sont favorables, Parent une illustre maison ?
Qui ne sait de quelles tempêtes Leur fnlale main autrefois.
Portant la foudre de nos rois.
Des Alpes a battu li's tètes ?
Qui n'a vu dessous leurs combats Le Pô mettre les cornes bas , Et les peuples d<^ ses deux rives, Dans la frayeur ensevelis.
Laisser leurs dépouilles captives A la merci des fleurs de lis?
^ Mais de rhercher aux sépultures
Des tèn]f)ignages de valeur, (>'«st à ceux qui n'ont rien du Icni
li^tiiuabie aux races futures; Non pas à toi, qui, revêtu De tous les dons que la vertu Peut recevoir de la fortune , Counois que c'est quo du vrai bien , Et ne veux, pas , comme la lune , Luire d'autre feu que du tien.
Quand le mouslro infâme d'Envie ,
A qui rien do l'autrui ne plait.
Tout lâche et perlîde qu'il est ,
Telle les yeux dessus ta vie ,
Et to voit emporter le prix
Des grands cœurs et des beaux esprilh
Dont aujourd'hui la France est pleine ,
Est-il pas contraint d'avouer
Qu'il a lui-même de la peine
A s'empêcher de to louer ?
Soit que l'honneur de la carrière T'appelle à monter à cheval , Soit qu'il se présente un rival Poav la lice ou pour la barrière , Soit que tu donnes ton loisir A prendre quelque antre plaisir Eloigné des molles délices ; Qui ne sait que toute la cour A regarder tes exercices Gomme à des théâtres accourt ?
Quand tu passas en Italie, Oîx tu fus quérir pour mon rcii (le joyau d'honneur et de foi Dont l'Arno à la Seine sallie , Thétis ne suivit-elle pas Ta bonne grâce et tes appas
3o LIVRE I.
Comme un objet émerveillable?
Et jara qu'avecque Jason Jamais Argonaute semblable N'alla conquérir la toison.
Tu menois le blond Hyménée , Qui devoit solemnellement De ce fatal accouplement Célébrer l'heureuse journée, .lamais il ne fut si paré, Jamais en son habit doré Tant de richesses n'éclatèrent :
Toutefois les Nymphes du lieu , Non sans apparence , doutèrent Qui de vous deux étoit le Dieu.
De combien de pareilles marques , Dont on ne me peut démentir, Ai-je de quoi te garantir Contre les menaces des Parques , Si ce n'est qu'un si long discours A de trop pénibles détours.
Et qu'à bien dispenser les choses Il faut mêler pour un guerrier A peu de myrte et peu de roses l'"orce palme et force laurier .'
Achille étoit haut de corsage ; I/or éclatoit en ses cheveux; Et les dames avecque vœux Soupiroient après son visage ; Sa gloire à danser et chanter.
Tirer de l'arc , sauter, lutter, A nulle autre n'étoit seconde:
Mais s'il n'eût rien eu de plus beau . Son nom , qui vole par le monde, Seroit-il pas dans le tombeau ?
S'il n'eût, par un bras homicide Dont rien ne repoussoit l'effort , Sur Ilion vengé le tort Qu'avoit reçu le jeune Atride , De quelque adresse qu'au giron Ou de Phénix , ou de ChJron , Il eût fait son apprentissage , Notre âge auroit-il aujourd'hui Le mémorable témoignage Que la Grèce a donné de lui P
C'est aux magnanimes exemples Qui sous la bannière de Mars Sont faits au milieu des hasards Qu'il appartient d'avoir des temples ; Et c'est avecque ces couleurs Que l'histoire de nos malheurs Marquera si bien ts mémoire .
Que tous les siècles à venir N'auront point de nuit assez, noire Pour en cacher le souvenir.
En ce long temps où les manies D'un nombre infini de mutins Poussés de nos mauvais destins Ont assouvi leurs félonies , Par quels faits d'armes valeureux , Plus que nul autre aventureux.
N'as-tu mis ta gloire en estime , Et déclaré ta passion Contre l'espoir illégitime De la rebelle ambition .'
Tel que d'un effort difficile Un fleuve au travers de la mer.
Sans que son goût devienne amer.
3a LIVRE I.
Passe d'Elide eu la Sicile; Ses flots par moyens inconnus En leur douceur entretenus Aucun mélange ne reçoivent, Et dans Syracuse arrivant Sont trouvés de ceux qui les boivent Aussi peu salés que devant :
Tel, entre ces esprits tragiques , Ou plutôt démons insensés. Qui de nos dommages passés 'l'ramoient les funestes pratiques .
ïu no t'es jamais diverti De suivre le juste parti, Mais, blâmant l'impure licence i)e leurs déloyales bumeurs , As toujours aimé l'inuocence.
Et pris plaisir aux bonnes mœurs.
Depuis que, pour sauver sa terri" ,
Mon roi, le plus grand des huniaius,
Eut laissé partir de ses mains
Le premier tiait de son tonnerre ,
Jusqu'à la lîu de ses e.\|)loifs,
Que tout eut reconnu ses lois,
A-t-il jamais défait armée,
Pris ville, ni forcé rempart ,
Où ta valeur accouKunée
N'ait eu !a princijiale pari ?
Soit que près de Seine «-t de Loiic Tl pavât l<;.s plaines de morts.
Soit que le II hôn« outre ses bonis lui vit faire éclater sa gloire.
Ne l'as-tu pas toujours suivi , Ne l'as-tu piis toujours servi.
Et tonjoars par dignes ouvrages Témoigné le mépris du sort Qne sait imprimer aux courages Le soia de vivre après la mort?
Mais quoi l ma barque vagabonde Est dans les syrtes bien avant , Et le plaisir, la décevant , Toujours l'emporte au gré de l'onde.
Bellegarde, les matelots Jamais ne méprisent les flots , Quelque phare qui leur éclaire ; .le ferai miens de relâcher.
Et borner le soin de te plaire , Par la crainte de te fâcher.
L'unique but où mon attente Croit avoir raison d'aspirer, C'est que tu veuilles m 'assurer Que mon offrande te contente :
Donne-m'en d'un clin de tes yeux Un témoignaiie gracieux ; Et si tu la trouves petite, Kessouviens-toi qu'une action Ne peut avoir peu de mérite Ayant beaucoup d'affection.
Ainsi de tant d'or et de soie Ton âge dévide son cours, Que tu reçoives tous les jour.i Nouvelles matières de joie .' Ainsi tes honneurs fleurissants De jour en jour aillent croissants.
Malgré îa fortune contraire .' Et ce qui les fait trébucher De toi ni de Termes ton frère Ne puisse jamais approcher !