LIVRE PREMIER
A ces mois , de ma déesse Je pris congé sans retard ,
Et dis à l’enchanteresse :
« Prends pitié de ma vieillesse , Rajeunis-moi d’un regard. »
Embrasé du feu lyrique ,
J’osai jusque dans les cieux Suivre l’aigle audacieux En son essor pindarique.
Je vis les belles alors Accueillir d’un ris perfide Mes poétiques transports,
Et ces colombes de Guide S’enfuir devant mes accords Elles me disaient : « Compose De plus gracieux écrits Dont le baiser, dont la rose Soient le sujet et le prix. »
A cette voix adorée Je ne pus me refuser,
Et de ma lyre effleurée Le chant n’eut que la durée De la rose ou du baiser.
Maintenant que ma jeunesse Traîne des jours sans désirs,
Et que l’abus des plaisirs Me condamne à la sagesse :
Les belles, le front glacé.
Me regardent comme une ombre ;
Et pour elles , du passé
Les baisers, doux et sans nombre,
ÉLÉGIES
Semblent un songe effacé.