‹ Poesies de Millevoye Avec une noticeChapitre 24 sur 118 · LE POETE MOURANT · texte numérisé non relu

LE POETE MOURANT

Le poète chantait : de sa lampe fidèle S’éteignaient par degrés les rayons pâlissants;

El lui, près de mourir comme elle,

Exhalait ces tristes accents :

« La Heur de ma vie est fanée ;

Il fut rapide, mon destin !

De mon orageuse journée Le soir toucha presque au matin.

» Il est sur un lointain rivage Un arbre où le Plaisir habite avec la Mort.

Sous ses rameaux trompeurs malheureux qui s'endort! Volupté des amours ! cet arbre est ton image.

Et moi, j’ai reposé sous le mortel ombrage;

Voyageur imprudent, j’ai mérité mon sort.

ELEGIES

» Brise-toi, lyre tant aimée!

Tu ne survivras point à mon dernier sommeil;

Et les hymnes sans renommée Sous la tombe avec moi dormiront sans réveil.

Je ne paraîtrai pas devant le trône austère Où la postérité, d’une inflexible voix ,

Juge les gloires de la terre ,

Comme l’Egypte, aux bords de son lac solitaire, Jugeait les ombres de ses rois.

ii Compagnons dispersés de mon triste voyage ,

O mes amis ! ô vous qui me fûtes si chers !

De mes chants imparfaits recueillez l’héritage,

Et sauvez de l’oubli quelques-uns de mes vers.

Et vous par qui je meurs, vous à qui je pardonne, Femmes ! vos traits encore à mon œil incertain S’offrent comme un rayon d’automne,

Ou comme un songe du malin.

Doux fantômes ! venez, mon ombre vous demande Un dernier souvenir de douleur et d’amour :

Au pied de mon cyprès effeuillez pour offrande Les roses qui vivent un jour.*.»

Le poète chantait : quand la lyre fidèle S’échappa tout à coup de sa débile inain ;

Sa lampe mourut, et comme elle 11 s’éteignit le lendemain.

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