LES ADIEUX D’HÉLÈNE
Tu dors , A Ménélas ! et la liquide plaine Balance le vaisseau qui doit ravir Hélène.
Sur les parquets de cèdre , effleurés en tremblant, Elle posait dans l’ombre un pied furtif et lent;
Un obstacle imprévu l’arrête... elle frissonne...
Hélas ! ses mains touchaient le berceau d’Herinione. Le ciel pour la punir lui gardait ces adieux.
« O ma jeune Hcrmionc, A fille aimable et chère f Dit-elle, ma faveur le demandait aux dieux;
Et je pars 1 et demain tu n’auras plus de mère ! »
A ces mots, l’œil baissé, tout entière à son deuil,
Du palais conjugal elle passe le seuil ,
Et répète, en gagnant les rives écartées:
« O Pudeur I où fuis-tu quand tu nous as quittées? »
Des astres de la nuit brillaient les feux naissants: Hélène, à leurs clartés , contemple cette terre,
Ces prés, ces eaux, témoins de sa fuite adultère;
Et sa douleur s’exhale en ces tristes accents :
« Couvrez-vous d’un long deuil , odorantes prairies • Qu’au jour de mon hymen mes compagnes chéries ,
62 ÉLÉGIES
La corbeille à la main, dépouillèrent de fleurs !
Péris , arbre sacré , qui fus l’arbre d’Hélène ,
Péris! que des Autans l'impétueuse haleine Sèche ton vert feuillage et fane tes couleurs !
Je ne reverrai plus ton fortuné rivage ,
Bol Eurotas! adieu. Vous, cygnes de ces bords,
Dont un dieu pour ma mère emprunta le plumage! Formez avant le temps d’harmonieux accords;
Que d'échos en échos votre chant se répète,
Et porte mes regrets aux nymphes du Taygète. »
Elle aperçoit alors ces platanes nombreux Qui du long Céramique ornent le sein poudreux.
C’est là que devant elle une foule en extase Oubliait pour lavoir les combats du Gymnase;
C’est là que les vieillards se redisaient entre eux :
« Qu’elle est belle! et combien Ménélas est heureux! » Plus loin, à ses regards, sur la haute colline,
De Minerve apparaît la demeure divine.
Elle rougit; baissant la tète sur son sein,
Elle tourne ses pas vers le temple prochain :
Ce temple est à Vénus , mais à Vénus armée *.
Hélène alors s’arrête : interdite, alarmée,
Elle croit que déjà la déesse en fureur De scs futurs destins lui présage l’horreur;
Elle croit, dans l’effroi dont son âme est saisie,
Voir les feux de l’autel s’élancer vers l’Asie.
Soudain Paris accourt, d’espérance enflammé;
Autour de lui s’exhale un nuage embaumé :
<i Viens , tout est prêt; Thétis a reçu mon offrande;
Le zéphyr nous appelle , et la mer te demande.
Viens, ô ma belle amante, ô fille de Léda !
* Dénomination de Vomit chez les Spartiates.