‹ Poesies de Millevoye Avec une noticeChapitre 33 sur 118 · LIVRE SECOND · texte numérisé non relu

LIVRE SECOND

Vénus veille sur nous des hauteurs de l'Ida,

Des mortels ni des dieux ne crains plus la colère : Vénus est ma déesse , et Priam est mon père. »

II dit ; la triste Hélène , en soupirant tout bas ,

De son nouvel époux suit lentement les pas,

Non sans redire, au bruit des ondes agitées :

« O Pudeur ! où fuis-tu quand tu nous as quittées? »

LE DÉPART D’ESCIIYLE.

N’emportant que sa lyre et ses dieux domestiques, Seul , debout sur la poupe , et les yeux sur les Ilots , Eschyle abandonnait les rivages attiqnes,

Et son chagrin profond s'exhalait en ces mots :

« Quoi ! le jeune Sophocle a vaincu son vieux maître L’Athénien léger, lui décernant le prix,

Dans mon dernier ouvrage hésite à reconnaître La chaleur et l’éclat de mes premiers écrits.

Comme si la vieillesse éteignait la pensée,

Il ne juge mes vers que sur mes cheveux blancs!

Ne se souvient-il plus que la neige glacée Couronne quelquefois des cratères brûlants?

L’aigle ne vieillit pas. A la voûte éternelle Il porte encor la foudre au déclin de ses ans;

Et Jupiter, versant le nectar sur son aile,

Repose encor sur lui des regards complaisants.

ÉLÉGIES

0 mon jeune rival ! je pardonne à la gloire.

En passant devant moi lu baissas le regard :

Modeste, lu semblais, confus de ta victoire,

Rougir sous tes lauriers de l’affront du vieillard.

La Muse te dola des trésors du poêle :

Un dit que d’Apollon celle divine secur Couronna ton berceau des abeilles d'Hymèle,

Et voulut de tes chants présager la douceur.

Accomplis tes destins : triomphe dans l’Attique.

Pour moi, je pars : je vais sur des bords plus heureux, De Cécrops au tombeau foulant la terre antique, Chercher dans Plolémée un hôte généreux.

Quelques succès encore attendent ma vieillesse.

Non , je ne verrai point mes affronts impunis :

L’Égypte vengera les mépris de la Grèce;

Athènes trouvera ses juges dans Tanis.

Tel un coursier, ^vaincu dans les jeux d’Olympie,

Fuit le jour, et languit dans un triste lien ;

Mais bientôt son ardeur, un instant assoupie ,

Retrouve la victoire au cirque Pylhien.

En un cirque nouveau comme lui je m’élance :

Je veux par un triomphe effacer un revers.

Recueille-toi , ma lyre ! et ne sors du silence

Que pour vaincre en beauté les plus beaux de mes vers.

Ressouviens-toi du jour si cher à Melpomènc,

Du jour où , créateur de mon art épuré,

Sur un tertre épineux je cueillis non sans peine Le laurier frêle encor par Thespis effleuré,

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