‹ Poesies de Millevoye Avec une noticeChapitre 39 sur 118 · LE BUCHER DE LA LYRE · texte numérisé non relu

LE BUCHER DE LA LYRE

« A la (1ère Cléis tes chants ont pu déplaire ;

Elle a maudit tes chants , ô Lyre des amours !

11 faut qu’un sacrifice apaise sa colère :

Tu dois périr ; adieu , Lyre, adieu pour toujours I

U O nymphes des coteaux, Oréades légères,

Venez ; venez aussi , déités des forêts I Apportez les parfums des plantes bocagères , Quelques lauriers , un myrte , et de jeunes cyprès. *

ÉLÉGIES

» Les dieux aiment les fleurs qui parent la victime ; Couronne-toi de fleurs une dernière fois,

Lyre ! au suprême instant que la voix se ranime. »

Et la Lyre en ces mots fit entendre sa voix :

« Toi que j’ai consolé, songes-y bien , dit-elle,

Les dieux , les justes dieux punissent les ingrats. » L’amour vit peu d'instants , la gloire est immortelle : Quelque jour, mais en vain , tu me regretteras.

» A tes doigts répondaient mes cordes poétiques ;

Je m’éveillais pour toi dans le calme des nuits : J'aurais fait plus encor ; sons les cyprès antiques , L’Élégie en tes vers eût pleuré ses ennuis.

» Vers les bords du Mêlés , pour toi du Méonide J'eusse été recueillir quelque chant commencé ,

Ou chercher à Céos du touchant Simonide Les nobles vers , perdus dans la nuit du passé.

» J’ouvrirais à tes pas la grotte accoutumée Où rêvait Théocrile , où ses chants tous les soirs Retentissaient , plus purs que l'huile parfumée Dont l’or, dans Sicyone , inonde les pressoirs.

» Un jour je sommeillais dans les bois d’Aonie :

La Muse me loucha d’un magique rameau ,

Et d’un mode inconnu m'enseigna l’harmonie ;

Mais j’emporte avec moi ses secrets au tombeau. »

Elle a cessé. Les feux, qu’allume le Zéphire ,

A travers les parfums emportent ses adieux ;

Et toutefois , dit-on , des cendres de la Lyre S’exhala jusqu'au soir un son mélodieux.

CHANTS ÉLÉGIAQUES

LA SULAM1TE.

« 0 vierges de Sion ! A mes douces compagnes !

Ne l'avez-vous pas vu descendre des montagnes, Brillant comme un rayon de l’astre du matin?

Diles-moi sur quel bord, vers quel sommet lointain Ses chameaux vont paissant une herbe parfumée? Sont-ils sous les palmiers de la verte Idumée,

Ou sous le frais abri des rochers de Sanir?

Mais , hclas 1 si longtemps qui peut le retenir ?

Délices de mes jours ! loin de toi mon image A-t-elle fui, pareille au mobile nuage?

Ai-je cessé déjà d'être belle à tes yeux?

Oh ! reviens : j’ai cueilli des fruits délicieux ; Toutestpour loi. Reviens; que ton bras me soutienne; Que ma main tendrement frémisse dans la tienne. Versez des fleurs : je veux jusques à son retour Reposer sur des fleurs , car je languis d’amour.

Non, non, n’espérez pas que longtemps je sommeille; Pour moi plus de repos : je dors , et mon cœur veille.

Mon œil appesanti, lentement soulevé,

A cherché mon amant et ne l’a point trouvé. »

CHANTS ÉLÉGIAQUES. '

Elle dit, et s’endort. Vers la plaine odorante ,

Non moins prompt que le daim cherchant la biche errante, Voilà que, l'œil ardent, accourt lebien-aimé!

Son sourire est céleste et son souille embaumé.

LE BIEN-AIMÉ

« Jeunes vierges ! au nom de la biche légère ,

Laissez-la reposer sur la molle fougère.

Ne la réveillez pas! sans doute en ce moment Un songe heureux lui peint le retour de l'amant :

Son front rougit, son sein palpite... elle s’éveille.

Epouse de mon cœur! de ta bouche vermeille Ma bouche a quelque temps respiré la fraîcheur :

Que ton haleine est douce , épouse démon cœur!

Au voyageur, errant depuis l’aube naissante ,

Moins douce est d'Engaddi la grappe jaunissante.

Ton corps souple est rival du jeune et beau palmier;

Tes yeux voluptueux sont les yeux du ramier,

Et l'émail de tes dents est plus blanc que la laine De l’agneau qu’a baigné la limpide fontaine. »

LA Slil.AMITE.

« O plaisir ineffable î ô pur ravissement!

Que la voix de l’époux retentit doucement I Que sa parole aimable a d’empire et de charmes! Arrêtez-vous, mes pleurs! Fuyez, sombres alarmes! Fuyez , épargnez-moi , souffle des aquilons! •

Je suis la fleur des champs et le Iis des vallons* »

LE BIEN-AIMÉ

« Des autans orageux ne crains plus la furie ,

Mon amante, ma sœur, ma colombe chérie!

Tes regards et ta voix enivrent ton é|H)ux ;

Car ta voix est sonore et tes regards sont doux. »

CHANTS ÉLÉGIAQUES

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