‹ Poesies de Millevoye Avec une noticeChapitre 46 sur 118 · DE POETE PERSAN · texte numérisé non relu

DE POETE PERSAN

« Ta voix , Zaïde , est celle du zéphirc ;

D’un charme pur elle enivre mes sens :

Mais apprends-moi quelle savante lyre De ces beaux vers enfanta les accents.

Oh 1 non , jamais roses de poésie,

Trésors charmants de grâce et de fraîcheur, De tels parfums n'embaumèrent l’Asie;

Tou baiser même aurait moins de douceur.

» — De Bénamar cet hymne fut l’ouvrage , Noble sultan ! chantre de la valeur,

Il fit briller la consolante image Du jour sans fin dans un monde meilleur.

Ses chants perdus furent sans récompense :

Il s’en alla vers les sables d’Iran Avec sa fille , étoile d’innocence ,

Toucher la lyre au bruit de l’ouragan.

» — Fidèle émir ! prends ma noire cavale ; Ses pieds légers sont l’aile de l’oiseau.

Vole au désert, plus prompt que la rafale ;

A Bénamar va porter cet anneau.

Oui , j’en atteste et la nuit et ses voiles :

De mes bienfaits je prétends le combler;

Du firmament les nombreuses étoiles A ses trésors ne pourront s'égaler.

» Que sur tes pas sa fille consolée Vienne avec lui former d'heureux concerts !

Loin des regards cette palme isolée A trop longtemps fleuri pour les déserts. »

L’émir, pressant la cavale légère ,

Part comme un trait qui s’élance et qui fuit ; Et sur sa route une jeune étrangère Pâle et charmante, apparut vers la nuit.

« O voyageur qui , seul et sans retraite , Cours, égaré dans les sables d’Iran !

Que cherches-tu ? — Je cherche le poète ,

Ce Bénamar, la gloire du sultan.

— 0 voyageur! Bénamar fut mon père;

Il a cessé de vivre et de souffrir :

Ces hauts cyprès ombragent sa poussière,

Et près de lui j’achève de mourir.

» — Fleur de beauté! que ton éclat renaisse; Viens, sors enfin de ton obscurité;

Viens, et pour toi que rayonne sans cesse L’astre éclatant de la prospérité !

— Tu vois la tombe où veille ma tristesse :

Tel est mon cœur, il ne peut se rouvrir.

Mon pèt’e est mort ; seul il fut ma richesse : Pauvre il vécut , pauvre je veux mourir. »

Et, défaillante , elle embrasse en silence Le sol funèbre , objet de tous ses vœux ;

Et du cyprès que la brise balance L’ombre se mêle au noir de ses cheveux.

CHANTS ÉLÊGIAQUES.

Sa voix mourante à son tuth solitaire Confie encore un chant délicieux;

Mais ce doux chant, commencé sur la terre, Devait , hélas! s’achever dans les cieux.

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