LA GAZELLE
Du beau chasseur amante désolée ,
Zora plaintive aux rivages persans Errait un soir, et ses tristes accents Retentissaient du mont à la vallée.
Sous les rameaux d’un cèdre verdoyant,
Elle aperçoit la Gazelle tremblante Qui se débat sur la terre sanglante,
El lève encor ses yeux vers l’orient.
Zora soupire : « Hélas! hélas! dit-elle, Toutes les deux aurions-nous même sort?
Du beau chasseur le trait donne la mort,
Et comme moi tu meurs, blanche Gazelle!
Un jour, timide et le front suppliant,
II vint, et dit : « Zora, ma bien-aiméc,
» Tes yeux sont doux; ton haleine embaumée » A la fraîcheur des brises d’Orient. »
» Je l’écoutai : mon âme tout entière S'abandonnait à ses trompeurs accents.
Je le suivis sous l’arbre de l’encens,
Et je sentis se fermer ma paupière.
I.e lendemain, le cruel m'oubliant Portait ailleurs ses promesses volages ;
Le jour d’après il déserta nos plages,
Et pour l'Europe il quitta l’Orient.
» J’adoucirai le mal qui te dévore ,
Jeune Gazelle ! Aux plaines d’Ispahan Les végétaux , richesse du Persan ,
Pour te guérir s'empresseront «l’éclore.
Viens avec moi dans le vallon riant,
Viens avec moi , tu seras ma compagne ; Et, chaque jour, pour toi sur la montagne J'irai cueillir le baume d'Orient.
» Quand toutefois l'inflexible Arimanc Aura marqué le dernier de mes jours,
En racontant mes funestes amours ,
On me plaindra dans la tribu persane.
Sous les rameaux d'un cèdre verdoyant J’irai mourir; et toi, blanche Gazelle,
Tu dormiras jusqu'à l'aube nouvelle Sur mon tombeau placé vers l'Orient. »