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Nectar charmant que la vermeille amphore Dans son cristal a longtemps recelé.
Il réunit au parfum de la rose Le vif éclat des plus fraîches couleurs;
Dans les bosquets Morgane le compose Du suc des fruits et de l’esprit des lleurs.
« Grand roi 1 permets qu'à tes vaillants trophées J’ose enlacer les myrtes amoureux,
Lui dit Morgane : un dieu créa les fées Pour le bonheur des amants et des preux.
L’amour l'attend sur la couche odorante,
Dit-elle encor; ces nymphes sont à moi :
Leur voix est tendre et leur bouche enivrante.
Tu peux choisir, la plus belle est à loi. »
Charles se tait ; il garde un front sévère :
« Contre l’amour mon cœur s’est affermi ,
Dit-il. J’implore une faveur plus chère.
Le fier Roland , mon neveu , mon ami ,
Peut-être, hélas! sur la rive étrangère A rencontré le malheur ou la mort...
Savante fée! instruis-moi de son sort. »
Traçant dans l’air un signe symbolique :
« Fils de Milon ! dit-elle , quel transport T’enehaine aux pas de l’ingrate Angélique?
Elle te fuit, elle insulte à tes feux;
Aux faibles sons d’un luth voluptueux ,
Elle et Médor, sous des ombres fleuries, Chantent l’amour... l’amour! Ah! malheureux!
Leurs chants pour toi sont l’hymne des Furies. Ce bois profond , de chênes couronné ,
Qui sait? peut-être a voile leurs caresses,
POEMES
Leurs longs baisers , leurs brûlantes ivresses ! Qu'il tombe! il dit; sous son bras foreené Le chêne relaie et meurt déraciné. »
Charles frémit de l’oracle funeste.
Mais tout à coup des accords ravissants Frappent Morgane; une extase céleste Vient par degrés enchaîner tous ses sens :
« Qu’ai-je entendu? dit-elle; quels accents!
Est-ce le chant des magiques Orphées?
Est-ce ta lyre, immortel Obéron?
Non. Brise-toi , luth impuissant des fées !
C’est un mortel : Arioslc est son nom.
N’cntends-tu pas la voix aérienne De ton Roland signaler les travaux?
Avec sa gloire elle chante la tienne :
Dans l’univers tu n’as plus de rivaux; Console-toi , même de Roneevaux ! »
La docte fée, en planant sur les Ages,
De l’avenir lisait ainsi les pages.
Charles l’écoute avec étonnement.
A ses côtés cependant elle range De ses lutins la légère phalange,
Et dit tout bas : « Nous touchons au moment Que j’ai promis à mon ressentiment.
Secondez-moi , gracieuses sylphides.
Arbre d’amour I arbre que j’ai planté!
Trouble ses sens de tes charmes perfides,
Et des erreurs de ton prisme enchanté ;
Et qu’aujourd hui la haine et la vengeance Avec l'amour marchent d’intelligence. »
Près du héros qu’elle aspire à charmer S’empresse alors chaque aimable sylphide;
CHARLEMAGNE A PAME.
El la plus jeune en souriant le guide Ver# les rameaux dont l'ombre fait aimer.
A peine il tombe au magique feuillage ,
Que sur ses yeux se répand un nuage.
Environné de prestiges d'amour,
Il croit d'abord, au séduisant séjour,
Voir s’égarer en de vertes allées D'autres beautés fuyant l’cclat du jour,
Et seulement de leur pudeur voilées.
L’une bientôt enehaina tous ses vœux.
Les vents jouaient dans l'or de ses cheveux : La plus modeste, elle était la plus belle;
Et je ne sais quel charme en ses regards Disait d'avance au vainqueur des Lombards Qu'elle serait aussi la plus fidèle.
Dans cette image il avait reconnu Les traits si doux de la belle Ophélie,
Ces yeux rêveurs et ce front ingénu , Chargés d'amour et de mélancolie ;
Et, sur ses pas, de détours en détours, S'abandonnant au magique dédale,
Sous les berceaux d'où la myrrhe s'exhale, Toujours il suit l'ombre, qui fuit toujours, u Prince, arrêtez , ou c’est fait de vos jours, Un noir complot menace votre tête. »
A ces accents , Charlemagne s'arrête :
Il voit Ogier, qui, les regards troublés,
Des chevaliers par ses soius rassemblés A précédé la phalange intrépide.
Devant ses pas le jardin mensonger,
L’arbre d’amour, la charmante sylphide, Tout disparaît comme un songe léger.
POEMES
La rage au cœur, Morgane frémissante Agite en vain sa baguette puissante ; Au sein des airs reprenant son essor, Elle se lait ; c’est menacer encor.
Vers Charlemagne en partant elle guide Les assassins , dont la troupe homicide Sert Adalgise et ses projets affreux :
Le météore à la clarté livide Est le llambeau qui marche devant eux; Dans leur fureur, silencieux et sombres, Tantôt épars et tantôt ralliés,
Ils s’avançaient tels que d’horribles ombres, Et frissonnaient, l’un de l’autre effrayés.
Au fils du roi les portes sont ouvertes;
Suivi des siens, le long des cours désertes Il s’avançait à pas lents et sans bruit :
Mais des clartés qui veillent dans la nuit Frappent sa vue; il s’arrête, il frissonne,
Et l’espérance un instant l’abandonne.
« Dieu! qu’ai-je fait? dit-il , j’ai tout détruit. Le traître Ogier, de mes projets instruit,
De ce palais n’a-t-il pas pris la route?
Les chevaliers , pour leur maître alarmés , Debout encore et de leur glaive armés ,
En ce moment l’environnent sans doute...
Ils sont venus. Tremble, fier agresseur!
Charles sur toi fond comme la tempête :
Son cimeterre est déjà sur ta tête ,
La froide mort est déjà dans ton cœur.
Le fer des preux jette sur la poussière Des révoltés la foule presque entière.
Le reste fuit, de terreur éperdu,
CHARLEMAGNE A PAVIE
Et court au loin sous quelque abri sauvage Ensevelir son impuissante rage ,
Et le regret de son crime perdu.
Le souvenir de sa chute fatale Glace Adalgise, et sa témérité N’ose tenter une lutte inégale;
11 cherche au loin l’ombre et l'impunité.
Didier tremblant, que le remords oppresse*, A révélé sa parjure faiblesse.
Coupable roi ! ton arrêt est dicté.
Charles , forcé de condamner le crime ,
En l’immolant regrettait la victime :
« Toujours punir, s’écria-t-il trois fois , Toujours punir est donc le sort des rois ! »
Soudain paraît dans la salle isolée
Du criminel la fille désolée ; -
Son œil est triste et son teint sans couleur,
Et sous ses traits on eût peint la Douleur.
Elle tremblait ainsi que la gazelle
Quand par hasard , au sein du bois profond ,
Elle aperçoit le chasseur vagabond
Qui l'atteiguit de sa flèche mortelle.
Charles pensif lève les yeux sur elle.
Oh! qui peindra ses transports renaissants Dès qu’il revoit celte sylphide aimable Dont la présence enivra tous ses sens?
Il veut parler; un trouble inexprimable Fait sur sa bouche expirer ses accents.
Brûlant d'un feu qu’il peut cacher à peine,
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POEMES
Avec lenteur il s'était rapproché
l)u front charmant vers la lerre penché;
Il effleurait de sa brûlante haleine te front d'albâtre et ces cheveux d’ébène.
Tremblant d'amour, il pressait une main Oui frémissait dans la sienne oubliée,
Et, sur son sein doucement appuyée,
Pouvait compter les soupirs de son sein.
C'en était fait : un seiil instant peul-êlre ,
Et de scs feux il n'était plus le maître.
Mais un héros au devoir, à l’honneur Sait immoler jusqucs à son bonheur :
« Fille adorable autant que malheureuse, Rassurez-vous, dit la voix généreuse;
Beauté, vertus ont des droits sur mon cœur.
Didier vivra : les jours de votre père Par vous sauvés lui paraîtront plus doux. »
Et, bénissant le prince tutélaire ,
La vierge en pleurs embrassa ses genoux.
« La tendre fille est épouse fidèle,
Dit le héros, je vous dois un époux.
Ogier vous aime , il est digne de vous ;
Le plus Vaillant mûri le la plus belle. .
— Jamais d'époux! jamais... » s'écria-t-elle; Et de ses traits s'enflamma la pâleur;
Et, le cœur plein d’un funeste présage, L’infortunée en voilant son visage Cacha du moins son trouble et sa douleur.
CHARLEMAGNE A PAME.