I.e forcené cède à l’atteinte affreuse
Et de sa tète il frappe malgré lui Du noir coursier la croupe vigoureuse.
Il va tomber : le royal paladin ,
Noble vainqueur, le protège avec grâce,
Et, lui tendant une loyale main.
Retient sa chute et prévient sa disgrâce.
Jetant sa lance , il dit : « Fier étranger,
De cet essai mon âme est satisfaite;
Je t’ai sauvé l’affront de la défaite :
En l’éloignant fuis un nouveau danger.
— Non , répond-il avec un cri de rage ,
Je ne veux point de ta vaine pitié;
Je veux ton sang, du mien fùt-it payé.
Victoire ou mort! qui m’épargne m’outrage.
Victoire ou mort! je suis prêt; défends-toi;
C’est un combat et non plus un tournoi. »
Alors commence une attaque nouvelle.
De leurs coursiers tous deux sont descendus Le cimeterre en leurs mains étincelle;
Les coups fréquents, ensemble confondus,
Tout à la fois sont portés et rendus.
L’acier tranchant des lames aiguisées Frappe à grand bruit les visières brisées ;
L’éclair jaillit des mailles, des plastrons:
Aux champs d’Etna , tel et moins prompt encore
CHARLEMAGNE A PAVÏE.
L’ardent marteau des nerveux forgerons A coups pressés bat l’enclume sonore.
Du chevalier le fer vole en éclats;
Mais le poignard préparé pour son bras A remplacé le large cimeterre.
Le front royal vient d’en être effleuré;
Le sang jaillit de ce front révéré Où sont écrits les destins de la terre.
A cet aspect, les pâles chevaliers Poussent des cris , frappent leurs boucliers. Rassurez-vous, élite généreuse !
De votre roi l'insolent agresseur Est étendu dans la lice poudreuse :
Déjà du fer la pointe est sur son cœur. '
« Relève-toi , lui dit Charles. Vengeance Fut ta devise, et la mienne est Clémence.
Je le fais grâce. — Et moi , je me punis, Dit le vaincu ; nos débats sont finis.
Voici l’instant qui nous réconcilie :
Demain, demain nous serons réunis. »
Il meurt... C'était le frère d’Ophélie.
POEMES