‹ Poesies de Millevoye Avec une noticeChapitre 62 sur 118 · I.e forcené cède à l’atteinte affreuse · texte numérisé non relu

I.e forcené cède à l’atteinte affreuse

Et de sa tète il frappe malgré lui Du noir coursier la croupe vigoureuse.

Il va tomber : le royal paladin ,

Noble vainqueur, le protège avec grâce,

Et, lui tendant une loyale main.

Retient sa chute et prévient sa disgrâce.

Jetant sa lance , il dit : « Fier étranger,

De cet essai mon âme est satisfaite;

Je t’ai sauvé l’affront de la défaite :

En l’éloignant fuis un nouveau danger.

— Non , répond-il avec un cri de rage ,

Je ne veux point de ta vaine pitié;

Je veux ton sang, du mien fùt-it payé.

Victoire ou mort! qui m’épargne m’outrage.

Victoire ou mort! je suis prêt; défends-toi;

C’est un combat et non plus un tournoi. »

Alors commence une attaque nouvelle.

De leurs coursiers tous deux sont descendus Le cimeterre en leurs mains étincelle;

Les coups fréquents, ensemble confondus,

Tout à la fois sont portés et rendus.

L’acier tranchant des lames aiguisées Frappe à grand bruit les visières brisées ;

L’éclair jaillit des mailles, des plastrons:

Aux champs d’Etna , tel et moins prompt encore

CHARLEMAGNE A PAVÏE.

L’ardent marteau des nerveux forgerons A coups pressés bat l’enclume sonore.

Du chevalier le fer vole en éclats;

Mais le poignard préparé pour son bras A remplacé le large cimeterre.

Le front royal vient d’en être effleuré;

Le sang jaillit de ce front révéré Où sont écrits les destins de la terre.

A cet aspect, les pâles chevaliers Poussent des cris , frappent leurs boucliers. Rassurez-vous, élite généreuse !

De votre roi l'insolent agresseur Est étendu dans la lice poudreuse :

Déjà du fer la pointe est sur son cœur. '

« Relève-toi , lui dit Charles. Vengeance Fut ta devise, et la mienne est Clémence.

Je le fais grâce. — Et moi , je me punis, Dit le vaincu ; nos débats sont finis.

Voici l’instant qui nous réconcilie :

Demain, demain nous serons réunis. »

Il meurt... C'était le frère d’Ophélie.

POEMES

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