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ENTRE LA RIME ET LA RAISON

LA RAISON

Quel heureux sort, ma sœur, aujourd'hui nous rassemble? On nous rencontre, hélas 1 si rarement ensemble I Dans nos communs destins quel fatal changement! N’occupant autrefois qu’un même logement,

Chez Racine et Boileau nous vivions d’ordinaire ;

Nous ne nous quittions pas : maintenant, au contraire, Ce n’est que le hasard qui nous peut réunir.

LA RIME

J’ai tant à faire, aussi! je n’y saurais tenir.

A toute heure, en tous lieux, on m’assiège, on m’obsède; Aux importunités il faut bien que je cède ;

Enfin, petits et grands, chacun court après moi.

Non , je ne puis, ma sœur, suffire à mon emploi.

Visiter tous les sots ! la fatigue est trop grande.

Tant bien que mal pourtant il faut que je me rende Chez nosauleurs du jour, chez mille beaux esprits Faisant couplets , quatrains, et bouquets à Chloris,

Petits vers anodins, madrigaux à la glace... *

Ma foi, sans vauité, j’y tiens fort bien ma place.

LA RAISON

Regnez chez ces auteurs : ah ! je vous le permets ;

Vous avez le champ libro, on ne m’y voit jamais.

POÉSIES LÉGÈRES

LA RIME

Vos beaux discours chez eux ne feraient pas fortune ; Peut-être pour riez- vous leur paraître importune.

J’y suis, c’est bien assez; et moi-même, entre nous, Je ne suis pas toujours exacte au rendez-vous.

Mais, ina sœur, à présent que faites-vous?

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