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LE PREMIER BARON CHRÉTIEN

Au temps passé, la jeune Aldine Était un miracle d'amour :

Chevaliers de haute origine A l'envi lui faisaient la cour.

Il en est un à qui tout cède :

De la croix il fut le soutien.

Que Dieu soit en aide Au premier baron chrétien !

Il n'est plus au printemps de l'âge ; Mais ses honorables travaux Lui font obtenir l'avantage Sur ses plus aimables rivaux.

L'un d'eux que la fureur possède Lui dispute un si doux lien.

Que Dieu soit en aide Au premier baron chrétien!

Cependant le combat s'apprête :

Dans le préau , les deux guerriers , La lance au poing , le casque en tête , Montent leurs brillants destriers .

Au premier choc le baron cède ; Il perd rétrier, son soutien....

Dieu n'est plus en aide Au premier baron chrétien.

Du baron ramassant la lance , Un page instruit à ses leçons Sur le coursier soudain s'élance , Et s'affermit dans les arçons.

« En rien, dit-il, je ne te cède , Chevalier ! mon nom vaut le tien ;

Et je viens à l'aide Du premier baron chrétien, »

Du jeune page la victoire Couronne la vaillante ardeur, Et le baron , couvert de gloire , Triomphe par ambassadeur.

En vain l'indulgence intercède; Aldine s'aperçoit fort bien

Qu'il faut un peu d'aide Au premier baron chrétien.

Eh î qu'importe î En dépit de l'âge , Le baron a fixé son choix :

« Il est vaillant, ce jeune page !

Se disait-elle toutefois; Trop heureux celui qui possède Un aussi fidèle soutien :

Dieu le laisse en aide Au premier baron chrétien ! »

Déjà le son de la guitare Se mêle au chant du ménestrel , Déjà le temple se prépare :

Les deux époux sont à l'autel.

Le page que l'amour possède Disait à part : « Je voudrais bien

Revenir à l'aide Du premier baron chrétien. »

Il s'accomplit, le vœu du page :

Le baron partit un beau jour Pour un lointain pèlerinage > Et l'hymen fit place à l'amour.

Aldine est sage, mais tout cède A l'espoir d'un tendre lien ;

Page fut en aide Au premier baron chrétien.

LE REFRAIN DU VIEUX TEMPS, ou l'adieu de la jouvencelle.

II faut partir; l'amour en vain murmure. En Orient vont flotter nos drapeaux.

Sors à ma voix des langueurs du repos ; Je veux moi-même attacher ton armure.

L'honneur t'appelle ; il te répétera :

Fais ce que dois , advienne que pourra !

Grave mon nom sur le fer de ta lance ,

Et de ta dame accepte le portrait;

Il est sans art, mais c'est moi trait pour trait

Art du pinceau vaut moins que ressemblance.

Dans les dangers il te protégera :

Fais ce que dois, advienne que pourra.

Du vieux refrain garde bien souvenance; C'est le refrain de tout preux chevalier. Ce cri de guerre était leur bouclier, Et maintenait leur noble contenance.

Gloire est promise à qui répétera .

Fais ce que dois, advienne que pourra.

Si la beauté de quelque Orientale Te rend jaloux des droits de son sultan , Contre ton sein posée en talisman, Que mon image écarte ma rivale.

Reste fidèle à qui te le sera :

Fais ce que dois, advienne que pourra.

J'appris naguère , aux feuilles d'une rose , L'art de connaître un infidèle amant; Mais j'aime mieux en croire ton serment. Pour trop savoir, trop souvent l'on s'expose. A tout hasard, ton cœur me restera:

Fais ce que dois , advienne que pourra.

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