‹ Poésies de MillevoyeChapitre 16 sur 119 · L'INQUIÉTUDE · texte numérisé non relu

L'INQUIÉTUDE

Sais-tu pourquoi cet inquiet tourment

De mon bonheur empoisonne l'ivresse?

Sais-tu pourquoi dans le plus doux moment

Mon œi\ distrait se voile de tristesse?

Pourquoi souvent à ta main qui la presse

Ma froide main répond négligemment?

Le sais-tu? Non. Connais donc ma faiblesse.

Ris, tu le peu*, de mes travers nouveaux :

Je suis jaloux , et jaloux sans rivaux !

Quand le présent m'enivre de délices,

Dans le passé je cherche des supplices.

Ton cœur, réponds sans nul déguisement,

N'a-t-il battu que pour moi seulement?

Durant les nuits, à lTieure où tout sommeille,

Jamais, dis-moi, les traits d'un autre amant

IN'ont-ils troublé tes songes ni ta veille?

Le regard fixe et le sein oppressé,

Te rappelant une image trop chère,

N'as-tu jamais, le soir, près de ta mère,

Laissé tomber le travail commencé?

Tu me dis j'aime, et d'une voix si tendre!

Ce mot charmant, pour moi seul l'as-tu dit?

Que sais-je? Un autre avant moi l'entendit

Peut-être!... Eh bien! je ne puis plus l'entendre.

Pardonne, hélas! dans mon trouble fatal,

Je te parais injuste, ingrat; mais j'aime!

Ah ! songe bien que pour l'amour extrême

Un souvenir est encore un rival.

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