‹ Poésies de MillevoyeChapitre 21 sur 119 · LIVRE PREMIER · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER

A ces mots , de ma déesse Je pris congé sans retard, Et dis à l'enchanteresse :

« Prends pitié de ma vieillesse , Rajeunis-moi d'un regard, »

Embrasé du feu lyrique, J'osai jusque dans les deux Suivre l'aigle audacieux En son essor pindarique.

Je vis les belles alors Accueillir d'un ris perfide Mes poétiques transports, Et ces colombes de Gnide S'enfuir devant mes accords.

Elles me disaient : « Compose De plus gracieux écrits Dont le baiser , dont la rose Soient le sujet et le prix. »

A cette voix adorée Je ne pus me refuser , Et de ma lyre effleurée Le chant n'eut que la durée De la rose ou du baiser.

Maintenant que ma jeunesse

Traîne des jours sans désirs ,

Et que l'abus des plaisirs

Me condamne à la sagesse :

Les belles , le front glacé ,

Me regardent comme une ombre;

Et pour elles, du passé

I^es baisers, doux et sans nombre,

Semblent un songe effacé.

Les ingrates m'osent dire :

« Nous te répétions toujours Que les travaux de la lyre Usaient lentement tes jours. »

Plus que vous, fidèle et tendre, Cette lyre au monument Avec moi voudra descendre ; Mais qui de vous sur ma cendre Viendra rêver un moment?

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