‹ Poésies de MillevoyeChapitre 4 sur 119 · LA CHUTE DES FEUILLES · texte numérisé non relu

LA CHUTE DES FEUILLES

De la dépouille de nos bois L'automne avait jonché la terre ; Le bocage était sans mystère, Le rossignol était sans voix.

Triste, et mourant à son aurore, Un jeune malade, à pas lents, Parcourait une fois encore Le bois cher à ses premiers ans :

« Bois que j'aime, adieu, je succombe :

Votre deuil a prédit mon sort ,

Et dans chaque feuille qui tombe

Je lis un présage de mort.

Fatal oracle d'Épidaure,

Tu m'as dit : « Les feuilles des bois

» A tes yeux jauniront encore ,

» Et c'est pour la dernière fois.

» La nuit du trépas t'environne;

» Plus pale que la pâle automne,

» Tu t'inclines vers le tombeau.

» Ta jeunesse sera flétrie

» Avant l'herbe de la prairie,

» Avant le pampre du coteau. »

Et je meurs ! De sa froide haleine

Un vent funeste m'a touché,

Et mon hiver s'est approché

Quand mon printemps s'écoule à peine !

Arbuste en un seul jour détruit,

Quelques fleurs faisaient ma parure ,

Mais ma languissante verdure

Ne laisse après elle aucun fruit.

Tombe, tombe, feuille éphémère!

Voile aux yeux ce triste chemin ,

Cache au désespoir de ma mère

La place où je serai demain.

Mais vers la solitaire allée

Si mon amante désolée

Venait pleurer quand le jour fuit ,

Éveille par un léger bruit

Mon ombre un instant consolée. »

Il dit, s'éloigne.... et sans retour!

La dernière feuille qui tombe A signalé son dernier jour.

Sous le chêne on creusa sa tombe.

Mais son amante ne vint pas Visiter la pierre isolée , Et le pâtre de la vallée Troubla seul du bruit de ses pas Le silence du mausolée. »

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